LIVRES: Un nouvel ouvrage d’Aboubacry Moussa Lam revisite les origines des Peuls

1 septembre, 2012 - Envoyé par admin - 16 Commentaires - Lu 6 756 fois.

Dakar, 23 août (APS) – L’historien égyptologue, le professeur Aboubacry Moussa Lam de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, ne se lasse pas de rechercher les origines des Peuls en proposant récemment un ouvrage, écrit en pulaar, intitulé ‘’Fulbe gila Héli-e-Yooyo haa Fuuta-Tooro’’ (Les Peuls de Héli et Yoyo au Fouta Toro), fruit de ses recherches, coédité par les Presses universitaires de Dakar et les Editions Papyrus Afrique.

L’origine des Peuls a été une préoccupation de nombreux chercheurs. Qu’ils soient Européens ou Africains, chacun y est allé avec sa thèse. Ainsi le Dr Lelèvre (1882) soutient que les Peuls ont des origines gaulliennes à cause de leur teint clair. Le colonel Frey, (en 1880) avance une origine vietnamienne des Peuls, qui auraient fondé le premier royaume en Afrique de l’ouest au Ghana et fondé le Canada.

Maurice Delafosse, dans son livre Haut-Sénégal-Niger (1912) soutient que les Peuls sont issus de Cham, des Fut ou Fud décrits dans les histoires des prophètes juifs. Les Juifs étaient venus en Egypte alors sous le règne des Hyksos. Lorsque les Hyksos ont été défaits, les Fut ou Fud se sont installés en Cyrénaïque entre la Libye et l’Egypte sur la rive méditerranéenne. Refusant de se convertir au christianisme sous la poussée des Romains, ils ont quitté ces lieux vers le sud pour s’installer vers Tombouctou en passant par le Maroc.

Cheikh Anta Diop est également de ces chercheurs qui ont essayé de démêler l’écheveau pour trouver les origines des Peuls qui, selon lui, étaient à l’origine de teint noir même si une tendance veut les présenter comme de teint clair. Ces Peuls viennent d’Egypte, avance Cheikh Anta Diop, estimant que leur langue, le pulaar, n’avait de ressemblances avec aucune langue européenne. Leur teint clair est le fruit d’un métissage entre les Egyptiens et les peuples blancs venus travailler en Egypte ou qui étaient sous la coupe du pouvoir égyptien de l’époque.

Si Aboubakry Moussa Lam partage ces thèses et celles de biens d’auteurs, dont Amadou Hampathé Bâ, Yori Boly Diaw, Yéro Sylla, il n’en trouve pas moins des limites à ces écrits. Ce qui l’a poussé à creuser davantage en mettant à contribution le conte ‘’Héli é Yooyo’’ (Héli et Yooho). ‘’Héli é Yooyo’’ se trouvait-il en Egypte vers la Mer rouge ainsi que l’a soutenu Hampathé Bâ ? Pour Aboubacry Moussa Lam, ce territoire devait se trouver sur les bords du Nil entre l’Egypte et l’Ethiopie et les pays alentours.

L’ouvrage ‘’Fulbe gila Héli-e-Yooyo haa Fuuta-Tooro’’ est divisé en deux parties. La première retrace les thèses sur l’origine des Peuls, tandis que la seconde est intitulée ‘’Héli et Yooyo se trouvait en Egypte’’.

Dans ce territoire, les Peuls, connus pour l’activité liée à l’élevage, vivaient également avec d’autres ethnies qui se retrouveront ensemble en Afrique de l’Ouest au cours des grandes vagues migratoires parties d’Egypte. Il y avait surtout ceux que l’on désignera plus tard les Hal pulaar (ceux qui parlent la langue pulaar) qui étaient des agriculteurs, des pêcheurs, des forgerons, des chasseurs. Peuls et Hal pulaar ont en commun la langue, selon le Pr Lam.

Au Fouta Toro, l’hégémonie peule prend forme avec le pouvoir des Denyankoobé qui sera poussé vers la chute en 1776 par la Révolution des Almamy. C’est à cette époque qu’un ordre nouveau voit le jour.

L’agriculture reprend ses droits. Et la religion musulmane devient le ciment de la vie sociale au détriment des croyances anciennes. Et ceux qui avaient maitrisé le Coran deviennent au centre des prises de décisions et sont consultés. Avec cette nouvelle, les Peuls furent contraints à la conversion à l’islam ou à la migration. Conséquence de cette nouvelle vague migratoire, le mot hal pulaar restera uniquement au Fouta Toro et dans le Boundu.

Si au Futa toro, les Hal pulaar ont régné sans discontinue sur une longue période, les Peuls prendront le pouvoir ailleurs bien des années après. Il en est ainsi du Royaume du Macina (Mali), de Sokoto (Nigeria) et du Fouta Jalon (Guinée). Dans ces territoires, le Peul est resté un groupe ethnique à part entière alors qu’au Fouta Toro, il a été rangé dans la kyrielle de castes.

Dans son ouvrage, l’auteur aborde aussi le problème de l’avenir des Peuls. Pour s’assurer un avenir heureux, il est indispensable qu’ils se procurent de richesses dynamiques et se dotent d’une langue bien développée. Pour cela, il faut qu’ils aient une parfaite maîtrise de leur combat et sachent quelles sont les priorités dans ce combat.

Disciple de Cheikh Anta Diop, le professeur Aboubacry Moussa Lam fait des Peuls, de leur langue et de leur civilisation sa spécialité. Après avoir publié des ouvrages sur ce peuple, d’abord en français, il a écrit plusieurs ouvrages en Pulaar, dans le but d’aider les Peuls à mieux se connaître et les voies qu’ils doivent suivre pour perpétuer et développer leur civilisation.

Ce nouveau livre vient compléter son célèbre ouvrage en français, ‘’De l’origine égyptienne des Peuls’’ (sa thèse de doctorat d’Etat). Aboubacry Moussa Lam a aussi écrit, en pulaar, des ouvrages intitulés ‘’Paalel njuumri’’ (La gourde au miel) et ‘’Sawru ganndal’’ (La canne du savoir).

OID/AD

(Source: aps.sn)

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16 commentaires

Oumar

6 septembre 2012 à 0:19    


En principe, il faut saluer tout nouveau ouvrage en pulaar.
Seulement, il faut condamner une initiative dangereuse de Pr. Lam en faveur de la notation des accents dans l’orthographe pulaar, sous prétexte que cela est fait en wolof aussi. Or l’accent n’étant pas pertinent en phonologie peule, il serait inutile de le noter. En outre, comme il y a autant d’accents que de dialectes, cela ajouterait au désordre et à la fragmentation de la langue.

fuutanke

7 septembre 2012 à 8:43    


Cerno Oumar mi salmini ma.
Je ne suis pas linguiste mais je suis expert en nouvelle technologie et je m’interesse à la promotion des langues africaines. Croyez moi en informatique la gestion des caracteres speciaux meme français sont parfois difficiles à gerer. Pour avoir realiser des logiciels arabe (4 caractères differents pour chaque alphabet selon sa position puis lecture de droite vers gauche) je vous affirme que si on s’enferme dans sa specificite la langue ne vivra pas.

Pour faciliter la promotion des langues africaines il faut autant que possible faire en sorte que les alphabets soient le plus proches possibles. De ce fait ça facilitera l’alpahbetisation des peuples ainsi que la lecture d’une langue à l’autre quelque soit le pays. Surtout ça reduit l’investissment necessaire pour l’utilisation des nouvelles technologies pour la promotion des langues africaines (moins de clavier specifiques moins de gestion complexes des caractères).

Harouna SY

13 septembre 2012 à 14:04    


je salue d’abord le travail fait par Mr Lam qui n’est pas le prémier qu’il fait pour la promotion de la langue.
Mais je partage le souci de Ceerno dans la mesure où le pulaar cherche encore à se positionner sur le plan grammaire et autre donc écrire quelque chose de bienavec déjà le concensus càd utiliser ce qui est déjà admi où le lecteur se retrouve est encore meilleur si non quelque soit la découvete qu’il fait de salecture il gardera le doute par rapport et sa connaissance de la langue. C’est facil de respecter si on le veut et toutes les langues des régles à respecter. C’est mon avi et m’excuse

Ibrahima SARR

13 septembre 2012 à 15:12    


Bonjour à tous et merci pour vos commentaires.
Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite dans ces cas lorsqu’on constate un problème, ici par rapport à la « nouvelle » écriture du Professeur LAM.
Oumar, je pense que ce n’est pas parce que le wolof utilise ce genre d’accent que le Professeur LAM l’a adopté, non, ce serait grave si c’était juste pour imiter le wolof.
Mr LAM a raison de souligner la problème de prononciation dans les mots comme « hootde » (son « o » ou on dit mi « hooti » (son « au »).
Par contre il est allé trop vite en procédant à ces changement de manière impulsive car il y a un remède plus simple qu’il aurait du rechercher plus profondément.
Je prépare un article dessus pour les prochains jours en Pulaar et en français.

A Fuutanke
Par contre, les accents sont parfaitement gérés par l’informatique, cela ne pose plus aucun problème depuis quelques temps!
On njaaraama

Oumar

13 septembre 2012 à 19:09    


Jam ñalli e mon

Ibrahiima, le problème de l’aperture vocalique ne devrait pas se poser non plus. Tous les dialectes peuls connaissent l’harmonie vocalique, c’est à dire que le degrés d’aperture varie selon l’environnement phonologique et le locuteur natif répère automatiquement cette variation. Il n’a pas donc besoin d’une notation dans l’orthographe pour lire correctement. Pour en revenir à ton exemple, dans hootde qui s’écrit [hɔ:tdɛ] en caractères phonétiques, la voyelle antérieure finale ɛ étant ouverte, la voyelle postérieure précédente o s’assimile et devient ouverte à son tour. Par contre, dans mi hootii [ho:ti:] la voyelle antérieure finale i étant fermée, la voyelle précédente o se ferme aussi pour faciliter la prononciation. Le locuteur pulaar connait instinctivement ce phénomène et le réalise toujours correctement. Dans les langues mandingues, les choses sont différentes. Par ex., en malinké, l’aperture est phonémique, c’est à dire elle permet de distinguer le sens. Ainsi to signifie « pâte de mil ou de manioc » mais tɔ signifie « le reste ». En plus, dans ces langues, la variation de ton est phonémique elle aussi (comme en chinois). Ainsi kɔnɔ signifie le ventre mais kɔ̀nɔ l’oiseau. Donc ici la question de l’accent se pose. Mais nous en pulaar-fulfulde nous avons la chance d’avoir une phonologie très simple donc pourquoi compliquer les choses inutilement? Nous avons des problèmes plus urgents: standardisation de la grammaire et du vocabulaire, modernisation du lexique etc.

Ibrahima SARR

13 septembre 2012 à 19:44    


Oui Oumar, je suis d’accord avec toi et c’est pour cela que j’ai dit que le professeur Lam n’a pas fait un minimum de recherches pour se rendre compte qu’il n’y a pas lieu de rajouter des accent.
Par contre il ne faudrait pas limiter le Pulaar aux seuls « native speakers » comme le Pulaar s’écrit phonétiquement, tout un chacun devrait être capable de l’écrire sans avoir cette faculté innée de distinguer les « ó » et les « é ».
On ne peux pas donc rejeter d’un revers de la main la « maladroite » tentative du Professeur LAM d’ajouter des accents, du reste inutiles pour tous les cas où il n’y a aucun conflit. La langue devrait être logique et universelle et pas seulement intuitive comme c’est le cas pour les locuteurs natifs de la langue.
A mon avis

Oumar

13 septembre 2012 à 20:28    


Ceerno Ibrahima, il n’y a aucune langue logique, à part peut-être l’espéranto, une langue artificielle et l’orthographe n’est jamais parfaite. Elle représente approximativement une langue et en la concevant, on pense avant tout à ses locuteurs natifs. Il est inutile de faire des conventions sur l’orthographe si après chacun rentre à la maison et écrit comme il veut, à mon avis.
Mi salminii ma.

Ibrahima SARR

13 septembre 2012 à 21:47    


Je ne voulais pas dire « langue » logique (autant pour moi), mais surtout « règles cohérentes ».
Je ne suis pas un vrai linguiste comme toi
mais je sais que le Pulaar n’est pas encore au stade où tout est figé et définitif, loin de là. Donc je suis sûr qu’il y a des choses à revoir comme par exemple la « glottale » qui ne devrait pas être une lettre de l’alphabet.
Le débat est légitime et on ne peut ni le clore, ni trancher d’un coup de baguette. Voilà tout le sens de mes propos.
Mi salminii-on musidɓe

Ibrahima SARR

13 septembre 2012 à 21:48    


Mais le contenu du livre beaucoup plus intéressant que le problème d’écriture des ó et é! Je suis en train de le lire en ce moment…

sow

9 janvier 2013 à 22:21    


miin komi keso mi yiyii duum tan weliikam tan

sulayman

3 mars 2013 à 1:00    


yo allah wallou ma e dum do na yodi no fewi

Ali

10 avril 2013 à 13:51    


Si goonga ni, welii kam sanne ko paamumi Fulɓe na tinnanii Fulfulde. Alla wallu!

Je suis ravi de v ous lire, au dela le la divergence de vos points de vues, moi je j’admire et je salue votre combat pour notre chere langue et pour notre peuple.
je suis peulh du Burkina Faso, traducteur en langue peulh ( on harmonise les dialectes peulh du pays ou plutot on utilise les mots, expressions et tournures les plus comprises par la majoritè des locuteurs peulh ici)

foofo mon

Ali

Diallo amadou siddy

14 novembre 2014 à 2:56    


Je continue a fouiller mais je suis tombe sur les recherches de cheich mohamad saidou bah de nationalite guinee,qui sont tres interessantes:il raconte que le peul pourait etre l’origine de l’humanite en se basant sur des anciens ecrits des des sages peuls qui dit que le mot adam ou adem est poular et ou il donne les differents noms des fils de adam et que le mot palestine tire son nom du vocable falo satina(mont ou rencontre est donne a moise) qui a pris en fin falostine et palestine,et le mot pharaon derive lui aussi du vocable fera aina ,fera:se deplacer et aina:surveiller .donc un peul qui voulait du pouvoir et recoit en compte menen fera aina laamo taako men un nomade ne nous dirigera pas en fin il arrive a ses fins et on commanca a inquer son pouvoir en disant ko laamu fera aina. Le mont tourou sinai lui aussi derive de ko dho :toro hirsi nai… J’aurai l’occasion de revenir.a bientot

Oumar Bâ

25 mai 2015 à 12:12    


Rien de plus , c’est un grand plaisir de voir des œuvres écrites par des halpulaar. Bonne continuation. Et prions pour tous ceux qui valorisent la la langue Pulaar. Je vous remercie vivement Pr: Lam.

Lam

2 février 2016 à 16:45    


Bonjour,

Je souhaite rentrer en contact avec le Professeur LAM.

Je suis un jeune LAM du Mali.

Je ne connais pas bien ma culture peul. Je souhaite s’avoir d’ou est ce que les Lam sortent ? Sont ils des forgerons ?

admin

30 janvier 2017 à 8:57    


Bonjour
Vous pouvez chercher sur le site de l’Université de Dakar UCAD.

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