Cameroun: Le fulfuldé à la place de l’anglais

17 février, 2008 - Envoyé par admin - 5 Commentaires - Lu 7192 fois.

L’anglais n’est pas la chose la mieux partagée dans la province de l’Extrême-Nord où la langue officielle dominante reste le français. Ce constat a été fait de nouveau le lundi 28 janvier, date du lancement de la semaine du bilinguisme, à la salle de réunion de l’Ecole normale d’instituteurs de l’enseignement général (Enieg) de Maroua. L’hymne national (entonné en anglais) a été proprement malmené. « C’est le Cameroun qui est bilingue et non les Camerounais. Même le français dépasse les élèves combien de fois l’anglais », relève ironiquement un enseignant. Dans le discours de lancement du délégué provincial des Enseignements secondaires, une infime partie a été rédigée en anglais. Abakaka Moussa a servi (en anglais) à l’assistance des phrases détachées, le tout dans une lecture saccadée et émouvante.

A l’analyse, la semaine du bilinguisme dans la province de l’Extrême-Nord se réduit aux activités sportives, tables rondes, activités culturelles et autres ripailles pendant cinq jours. Les activités pédagogiques devant être déployées en permanence sont reléguées au second plan. Même si l’inspecteur pédagogique provincial chargé de la promotion du bilinguisme n’en est pas convaincu. « La province compte 16 écoles primaires bilingues de 4700 élèves et 30 écoles maternelles bilingues de 256 élèves. Le tout encadré par 122 instituteurs. Chaque département dispose d’un établissement scolaire bilingue en plus de l’existence du centre de ressources bilingue de Maroua. C’est le signe de notre souci de la promotion du bilinguisme », déclare-t-il. Toutefois, le quota d’heures allouées à la langue de Shakespeare dans les emplois du temps sont infimes. Seulement 5 heures de cours par semaine au Lycée classique et moderne de Maroua. Par ailleurs,  » comment voulez-vous que les élèves soient bilingues lorsque ces derniers fuient les cours. D’abord qu’ils ont de la peine à s’exprimer en français. Ils préfèrent le fufuldé à tout. Bien sûr que le bilinguisme n’est pas l’affaire de tous les Camerounais, mais le cas de l’Extrême Nord est grave », se plaint un enseignant de langue anglaise au Lycée de Domayo -Maroua.

La préférence des citoyens de l’Extrême-Nord, voire de toute la partie septentrionale du pays pour le fufuldé, langue véhiculaire plutôt populaire, repose le problème du multilinguisme au Cameroun et, partant, de l’appropriation d’une ou de plusieurs langues nationales comme langue officielle à côté des langues coloniales importées. Il est peut-être temps, face à la résistance des peuples du Cameroun à se voir imposer certaines langues, d’envisager comment prendre en compte les réalités linguistiques locales pour réinventer une pédagogie fonctionnelle de pénétration des langues officielles. Mais pour le moment, on est bien obligé de constater que c’est encore le rejet de l’anglais dans certaines régions du pays, comme à Maroua. Ce qui suscite des critiques d’observateurs avertis.

Hassana Bouba, un parent d’élèves croit savoir qu’il n’existe d’établissement bilingue public que de nom à Maroua : « C’est deux blocs séparés. On enseigne en anglais dans l’un et en français dans l’autre. Cela ne promeut pas le bilinguisme ». La proportion d’enseignants de langue anglaise dans l’Extrême-Nord est l’une des plus faibles du pays. Les écoles primaires ne disposent presque pas d’enseignant dans cette matière. « C’est chaque maître qui donne le cours d’anglais aux élèves. Ce n’est qu’au secondaire qu’ils peuvent véritablement connaître ce que c’est que l’anglais », confie Kolwé Alexis, enseignant à l’école privée catholique de Mokong.

Jacques Kaldaoussa

 

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5 commentaires

mohamadou adama toukour

3 mai 2010 à 19:11    


le fulfuldé est-il accepté par l’ensemble des populations du grand nord est une langue consensuelle pour beaucoup des paiens montagnards c est la langue du colonisateur peul l emergence de la langue peul comme langue nationale ne serait il pas encore perçue pour certains comme un facteur de domination du retour du colonisateur ou mieux du conquérant peul? AUTANT EN TOUT CAS DES QUESTIONS

Diariétou Ba

16 mai 2010 à 17:28    


Je m’appelle Diariétou Ba étudiante à l’université de Ziguinchorje et j’étudie comme langue nationale le pulaar.Je veux participer aux activités des peuls car je suis un peul et j’en suis fier de l’être.Mais j’habite dans une zone ou les manifestations ne sont pas très bien développées.Cause pour laquelle je voulais adhérer dans une association .

MOCTAR

17 avril 2011 à 14:38    


salutations a tous et a toute les foulbe du cameroune

hamadou halidou universite maroua

5 février 2015 à 11:19    


fulfuldé est plutôt un facteur d’enracinement voir du developpement du grand-nord cameroun

tahirou sall

16 avril 2016 à 13:09    


Fier de ce site fier d’être peul et merci encore monsieur sarr pour ce que vous fêtes pour la communauté peule

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