SOCIETE: « Féodalisme » dans le Fouta : Ni tabou, ni occulté !

21 mai, 2013 - Envoyé par Ibrahima SARR - 12 Commentaires - Lu 7 925 fois.

ibrahima_malalOn peut se réveiller au crépuscule si l’on veut, mais croire que le jour commence à son réveil est une erreur!

Je suis tout à fait au navré de la campagne de certains milieux en Mauritanie consistant à fustiger le Fouta pour son prétendu « féodalisme »1 , mot qui n’a d’ailleurs aucune signification dans notre société. Peut-être qu’on veut parler du système des castes?

Notre drame aussi c’est d’être obligé d’utiliser des langues étrangères car nous sommes analphabètes dans nos propres langues! Un esclavage mental2 qui devrait aussi avoir ses combattants. A mon très humble avis…

Il y a beaucoup de gens qui se réveillent aujourd’hui croyant que le système de castes est tabou au Fouta. En fait c’est un débat qui est dépassé car c’était à l’ordre du jour pendant les années 70! Toute la jeunesse du Fouta a commencé à remettre en questions le manque d’égalité entre les castes et surtout le sort réservé aux Maccuɓe3 a été dénoncé de manière ferme. D’ailleurs toute cette nouvelle idéologie égalitaire a émergé dans les mouvements de jeunesse qui ont commencé à sensibiliser les masses notamment dans des pièces de théâtre, de la poésie et des chansons. Qui n’a pas entendu le fameux hymne « Yontii ummaade, yonta am ummo-ɗee, ñemmben adinooɓe, haɓetenooɓe sabu bone kalfiigu »4 , sur un air de « Eerooy eeraade5 « ?

Au début ce n’était qu’un slogan, mais l’action de la jeunesse pour sensibiliser, dénoncer devenait de plus en plus populaire dans les villages du Fouta. Mieux, comme la jeunesse est aussi la force du travail dans nos contrées, les anciens ont commencé à apporter leur soutien à ce mouvement naissant notamment en permettant aux jeunes filles de jouer dans des pièces de théâtre, en publique, ce qui était relativement impensable auparavant.

Le mouvement s’est amplifié avec la diversification des activités culturelles, mais aussi sportives. C’est l’époque où tous les villages se réunissaient pour créer un championnat afin d’organiser des rencontres de football l’après-midi et surtout une rencontre théâtrale le soir sur les thèmes les plus chers à cette jeunesse: le Macungaagu6 , le statut de la femme et l’apprentissage du Pulaar.

Le Macungaagu (état de servitude) est dénoncé par le célèbre slogan « dimo alaa, diimaajo woodaani, ndimaagu neɗɗo ko golle e balle »7. Ces quelques mots étaient dans leur essence une quasi constitution anti-esclavagiste en ce qu’ils déclarent sans ambiguïté que la noblesse c’est seulement par les bienfait qu’on l’obtient. C’est une manière directe et poignante de dire aux dominateurs que leur position est usurpée car les règles du jeu « golle e balle » ne sont pas respectées!

Mais la jeunesse ne s’arrête pas aux mots. Elle passe à l’action en organisant la vie du village autour de cette force qu’est le « yontannde »8 . Désormais, il est interdit aux Maccube de revendiquer certaines tâches dans les cérémonies comme servir, égorger ou découper le mouton ou même faire la cuisine! Au début cela a crée une vive émotion dans les milieux Maccuɓe car c’est une source de revenus qui disparaît, mais aussi pour les Maccuɓe, leur rñole dans la socité allait s’en trouver dévalorisé. Mais la jeunesse n’en a cure. De plus les Awluɓe9 sont priés de rester discrets et de venir en tant que simples invités et d’ailleurs une amende est prévue pour toute personne qui donnerait de l’argent à un gawlo en dehors des « kinɗe »10 .

Des tensions ont été notées ça-et-là entre Maccube et  mouvements de jeunesse, accusés de vouloir saper les traditions de ces familles entières qui affirment avec fierté leur appartenance à mouvance Gallunke! Mais la force de conviction de la jeunesse, qui puisait sa puissance dans la réalisation de diffétentes actions en faveur du bien être des villages va finir par prendre le dessus.

Il devient extrêmement hasardeux d’aller à l’encontre des idées de cette jeunesse qui, par un simple appel, pouvait faire échouer la construction d’un dispensaire ou le « coulage » d’un bâtiment en dur car elle seule a la force de fournir les bras nécessaires pour mener à bien ce genre de travail en un temps record. Je me rappelle aussi des fameux « ɗoftal » pour labourer les champs d’un chef de famille qui était soit âgé ou malade. Un appel est lancé la veille pour aller « accompagner » untel. Le lendemain matin, une horde de jeunes se rencontre derrière le village et s’ébranle en chantant vers les champs! En mois d’une heure, le champs est labouré dans la liesse et la bonne humeur. Souvent, on se garde bien d’alerter la personne qu’on allait aider pour éviter qu’il se sente dans l’obligation de préparer un toufam (zrig local), voire un repas.

Qui pouvait défier cette jeunesse anti-esclavagiste et pro égalitaire à l’époque? Personne!

Le statut de la femme devient une préoccupation centrale dans ce mouvement. Encore une fois, c’est le chant et les pièces de théâtre que la jeunesse trouve la meilleur forme de sensibilisation. « Suka debbo, puccu seeri e gubbal, humanee tinaani, seeree tinaani »11 devient un des slogans les plus populaires. C’est une dénonciation sans ambigüité du sort réservé à la femme: mariage forcé, répudiations abusives, excision. La plupart des chansons tournaient autour de la fierté d’être fille et l’hommage rendu à la maman. « Suka debbo ummo daro »12 . Nous croyons en toi et sans toi rien n’est possible disait-on parfois dans les chansons. Mais aussi, on appelait les parents à libérer les filles et à favoriser leur entrée dans le système scolaire au lieu d’en faire de futures assistées à la merci des hommes peu scrupuleux.

Pendant des années, les mouvements de jeunesse se multiplient dans le Fouta. Les rencontres inter-villages13 ont favorisé l’émergence d’autres mouvements et la jeunesse devient la force incontournable dans tout le Fouta.

Parallèlement à cette transformation de la société prônée et imposée par la jeunesse, l’apprentissage de la langue Pulaar est devenu la mode. Il y avait seulement quelques années qu’on nous vantait l’école, ses instruits et sa langue française, symbole de progrès et de savoir. Mais il a fallu d’ailleurs combattre les sceptiques qui éclataient de rire rien qu’à l’idée d’apprendre le Pulaar! Ceux se demandaient « mais pourquoi apprendre le Pulaar? » ont eu cette réponse cinglante de Ibrahima Moctar Sarr14 dans son fameux « Hol ko janngi Pulaar »15 . Ibrahima Moctar Sarr a joué un rôle crucial dans ce mouvement par la force des mots que la jeunesse puisait dans sa poésie. « Alla rokkunoo-mi ɗemngal »… Dieu m’a donné une langue… Pulaar kay ko ɗemngal… Si, le Pulaar « est » une langue16 ! Alors où sont ceux qui nous faisaientt croire que cette langue est vouée à la disparition, qu’elle ne sert ni à véhiculer le savoir, ni à gérer les avoirs! Que dire aussi de l’incontournable apport du plus grand évangeliste Pulaar de l’histoire, Murtuɗo Joop? Décidément, les mots peuvent avoir une puissance, une force qui inspire et qui pousse au changement. C’est pour cela que le Pulaar a fait un bon spectaculaire tant sur la plan de sa codification scientifique que son taux d’alphabétisation.

L’intérêt du Pulaar dans ce mouvement était double, voire triple. Apprendre pour tous! Personne ne pouvait être marginalisé car tout le monde peut apprendre quel que soit son origine dans la stratification sociale. D’ailleurs c’est ce qui prévaut jusqu’à présent dans les associations Pulaarophones. Mais aussi, les femmes ont trouvé dans le Pulaar un moyen formidable d’émancipation intellectuelle qui les mettait au même niveau que les hommes. Nous avons encore encore des preuves vivantes du succès de ces femmes que l’on considère aujourd’hui comme des modèles. Mais l’intérêt ultime que la jeunesse trouvait dans le Pulaar est tout simplement de montrer que notre société peut évoluer en étant enraciné dans son milieu, dans sa langue et son mode de pensée. Notre société peut évoluer d’elle même sans importer d’idéologies étrangères, fussent-elles évoluées. Elle peut surtout évoluer en privilégiant l’instruction, la recherche du savoir et la sauvegarde de son patrimoine par le développement de la langue, sans laquelle aucun développement n’est possible. Le ndimlaagu17 passe du golle e balle au ngenniyaŋkaagal, c’est à dire à la maitrise de la langue. Si Ibrahima Moctar Sarr a eu plus de succès dans les années 70 que tous les poètes qui écrivaient en français, langue qui excercait une écrasante domination à l’époque, c’est justement à cause de la présence de cette jeunesse qui mettait le Fouta avant tout, la langue avant tout. La langue pour tous sans discrimination, le sport pour tous sans distinction de caste, le statut pour toutes les femmes, sans distinction, voilà ce que la jeunesse de cette époque a initié.

Aujourd’hui, au moment où la langue Pulaar est entrée dans l’ère numérique avec le développement de logiciels18 , la sortie prochaine de Smartphones en Pulaar19 , le système d’exploitation Linux en préparation, si l’on ne parle pas beaucoup du problème des castes, c’est tout simplement parce que le Fouta a déjà fait sa révolution dans ce domaine. On est tout simplement passé à autre chose, à la vitesse supérieure, la vitesse numérique. Ce n’est pas un hasard si la langue Pulaar a connu cette percée dans les moeurs, les mentalités. Une certaine idée de l’égalité de la solidarité et du respect de l’autre est passé par là.

Si maintenant il y a des arriérés qui se sentent supérieurs eux autres, ce n’est pas le problème du Fouta, c’est le problème des arriérés. Pourquoi doit-on toujours prendre comme référence les mauvais pour juger le Fouta? Il y en a partout des attardés mais de grâce arrêtons de les prendre comme les représentants d’une société car ils ne le sont pas!

Et Dieu sait que je ne suis pas trop bavard mais je me sentais le devoir de recadrer un débat qui devenait vide et trop peu basé sur les faits.

 

Ibrahima Malal SARR

Président du Groupe  PULAAGU (http://www.pulaagu.com)

Notes:
  1. Mot souvent utilisé dans un contexte totalement différent de son origine. On remarque d’ailleurs  l’absence de ce mot dans le vocabulaire des languages africaines! Je vous renvoie sur une discussion intéressante initiée par Kaaw Touré, porte parole des FLAM qui se demandait à juste titre ce que voulait bien signifier ce mot barbare. []
  2. Bob Marley nous invitait dans les années 80 de nous « émanciper de l’esclavage mental » []
  3. Anciens esclaves ou descendants notamment []
  4. Il est temps de te lever, ma jeunesse lève-toi, imitons nos anciens qui se sont battus contre la fléau de l’eclavage. []
  5. Chanson populaire du Fouta []
  6. Esclavage, servitude []
  7. Il n’y a pas de noble, il n’y a pas de moins noble, la noblesse, c’est les bonnes actions. []
  8. Jeunesse []
  9. Griots []
  10. somme donnée à chaque caste en guise de cadeau par la famille qui organise []
  11. La femme, victime d’injustice, mariée sans son accord, divorcée sans son accord. – Groupe Rénovation de Ndioum []
  12. Jeune femme, lève-toi et prends ton destin en main []
  13. Notamment sans tenir compte de la frontière car tous les villages des deux rives pouvaient participer []
  14. Homme pilitique et poète mauritanien, président du parti AJD/MR []
  15. Mais pourquoi diable apprendre le Pulaar? []
  16. Relayé par la voie de Baaba Maal plus tard []
  17. « Noblesse » []
  18. Claviers, navigateurs, traitement de texte []
  19. Firefox OS, le système d’exploitation de Mozilla pour Smartphones []
Share

12 commentaires

Diko hanoune

21 mai 2013 à 23:10    


Mr Ibrahima Malal SARR vous dit : « Si maintenant il y a des arriérés qui se sentent supérieurs eux autres, ce n’est pas le problème du Fouta, c’est le problème des arriérés. Pourquoi doit-on toujours prendre comme référence les mauvais pour juger le Fouta? Il y en a partout des attardés mais de grâce arrêtons de les prendre comme les représentants d’une société car ils ne le sont pas! »
Les guides religieux, chefs de villages et élus sont des arriérés que vous reconnaissez texto Mr sarr? Le mouvement des jeunes du fouta à l’époque était bien entendu salutaire mais n’a apporté les effets escomptés. Pourquoi dans l’actuel fouta, les descendants d’esclaves haalpoular quelques soient leurs degrés d’instructions ne peuvent être des imams, chefs de villages ? Qu’est ce qu’à changer dans les coutumes des foutankobbés de nos jours ? Les mariages mixtes entre noble-castes soi-disant inferieurs se comptent aux bouts des doigts Mr sarr ? Autre chose qui m’inquiète dans votre texte, vous vous contentez de citer seules des scènes théâtrales ont été utilisées pour dénoncer ou combattre l’esclavage, alors pourquoi seulement le théâtre ? Il n’ ya pas d’autres moyens plus efficaces comme la loi, la religion etc… ?Pourquoi les guides religieux et chefs de villages refusent de s’impliquer dans cette lutte contre les inégalités sociétale haalpoulareen ? Je trouve votre texte théâtrale en se sens que vous n’avez comme justificatif du combat contre l’esclavage que le théâtre. Reconnaitre la vérité, rien n’a changé ou en tout cas pas grand-chose dans les rapports nobles-esclaves ne vous ferez que du bien. Il ne sert à rien de chercher à meubler les meubles. Voila mon cher, je suis tout à d’accord qu’on ne doit pas prendre les mauvais comme référence seulement le poisson pourrit par la tête et se les guides religieux, intellectuels et chefs religieux du fouta qui sont malheureusement nos références.

Diko hanoune

yakhya thiam

21 mai 2013 à 23:51    


Oui ,c`est vrai vous m`avez marche sur la langue ,je ne vois pas pourquoi les gens continuent a crier que le fouta eat feodal ,je retiens une chose de ce que vous avez dit ,ces ges qui sont en retard veulent combler leur terard par cette voie la, mais ils sont demasques car le fouta n`a jamais ete feodal c`est juste une classification sociale pour mieux faire le partage du travail qui n`est pas base sur une quelconque superiorite comme certains pensent moi je suis un baylo je `ai aucu probleme de l`etre et pourayat toujours les uns et les autres reclament leur personne en disant o ko baylo am o ko pullo am o ko cubbalo am cela n`a rien a voir avec une quelcoque superiorite de clase merci bcp de ce document precieux et du courage

Ibrahima SARR

21 mai 2013 à 23:58    


Dicko je pense que tu n’a pas compris une chose: c’est la jeunesse qui était en ligne de front. Elle n’était pas religieuse, ni détentrice d’un quelconque pouvoir pour appliquer ses idées.
Le théatre, le sport, la culture était un moyen de fédérer tous les jeunes et d’en faire une force. C’était le meilleur moyen de communiquer, de sensibiliser.
Le fait que les chefs religieux n’ont pas pu empêcher ce mouvement de prospérer est en soi une victoire.
Mais il ne faut pas oublier que les parents sont conservateurs, ils ne sont pas d’accord avec les idées de la jeunesse. Ils subissait tout avec une certaine résignation. Donc le problème n’est pas les chefs comme tu as l’air de le dire.
Mais permet-moi de te dire qu’être Imam ou chef de village est souvent une affaire de famille qui exclut même les soi-disant nobles.
Dans certain villages, le chef de village ne peut être qu’un Watt par exemple et un « noble » qui se nomme « Diallo » ne peut pas.
Il ne faut pas tout ramener à l’esclavage car ce n’est pas souvent la raison.
Les mariages mixtes sont une affaire privée, je ne vois pas pourquoi on devrait faire des statistiques. Mais le mariage entre Awlube par exemple ou Maabube est fréquent par tradition et les jeunes essaient de respecter cela même si ça n’a aucune valeur.
Je veux tout simplement dire que tout n’est pas si simpliste et que l’on arrête de stigmatiser toute une société qui a prouvé qu’elle est capable de relever des défis.
Dans mon texte, je n’ai pas parlé de chefs religieux mais je vais te confier un secret: ils ont essayé d’empêcher les garçons et les filles de se réunir au tout début. Mais ça n’a pas marché. Finalement, ils faisaient profil bas car la jeunesse avait un immense pouvoir.
Mais je précise aussi que beaucoup de chefs religieux enseignent l’égalité devant Dieu et devant la loi. Il ne faut pas toujours généraliser.
Quoi qu’il en soit, je suis moi même le fruit de cette « génération » et ça me fait de la peine de voir des gens qui ignorent totalement ce mouvement qui a été à l’origine de bien des révolutions dans le Foura.
Wa salaam

ndiaye

22 mai 2013 à 0:00    


mbede sikki ;maccudo ko caliido finde caliido famde caliido firtude
fuuta ;maccudo ko mo alaa hay dara; ko o yiddi fof non yo o won
e nder leydi men muritani mbede sikki baleebe fof ko maccube sabu be njabaani finde ,faamde ,e firtude ebena beydiyaha huywude e feccaade

SYLLA

25 mai 2013 à 9:50    


Timmii tigi alaa fof ko ɓeydetee heen. Yoo Alla ɓeyde baawal.

Ibrahima SARR

25 mai 2013 à 14:06    


Merci à tous!
Je dois ajouter aussi que ceux qui pense qu’on doit abandonner les mots Cubballo, Baylo etc, ne comprennent pas que nous avons hérité de ces termes en tant que métiers et un mode de vie propre à ces métiers a vu le jour. La cousinerie et caɗtigaagu (pacte relationnel) sont venus s’y greffer. Ce n’est pas parqu’on se dit Ceɗɗo ou Jaawanndo que qu’on est « féodal », il faut que les ignorants apprennent bien les rudiement du mode de vie social du Fouta avant de s’ériger en défenseurs virtuels et véhéments de causes qu’ils ne comprennt que partiellement.
Salam

jellagi

27 mai 2013 à 14:31    


je comprends votre vision de la chose et l’activité de cette jeunesse soucieuse de corriger le système social! plutôt deux fois qu’une que je serai partant pour ce faire mais il n’y a pas que la jeunesse qui doit se mobiliser ! c’est aussi à mon avis le travail des intellectuels qui doivent corriger les modèles antérieurs en faisant la promotion de l’équité dans les textes mais aussi dans le rappel historique des valeurs! toutes les classes se valent car s’il en manque seulement une, c’est toute la communauté qui va en pâtir! autrefois il fallait protéger ses intérêts en caste mais aujourd’hui ce ne devrait plus être le
cas! mais il va de soit que ce changement va venir petit à petit sas crier gare parce qu’en fait les critères de valorisation ne sont plus de sang mais de pouvoir d’achat avec des déracinements liés aux migrations conjugales à causes des mariages mixtes recherchés à défaut d’une personne de sa classe sociale vers les autres ethnies plutôt qu’entre haal pulaar (cela fait désordre)Tout cela va changer puisque les uns et les autres vont devoir protéger leur langue et leur identité dans l’ouverture et c’est là où l faudra travailler pour pérenniser nos valeurs!

Ibrahima SARR

27 mai 2013 à 16:58    


Merci Jellagi pour votre contribution. Il y a eu des progrès immenses dans la promotion de l’égalité même si tout le monde n’a pas le même niveau intellectuel. Il y a aura toujours des arriérés qui resteront attachés à leur statut mais ils auront de plus en plus mal à s’accomoder de la vie moderne.
Dans mon texte j’ai montré que la jeunesse a initié cette révolution contre vents et marées et ce noouvel esprit démocratique et moderne a été à l’origine de l’essor de la langue Pulaar en tant qu’instrument d’épanouissement, de dialogue et de progrès.
Il y a trop d’ignorants qui nous tympanisent à longeur de journée sur le terme « féodalité » en accusant le Fouta de « pratiques féodales » juste parce qu’ils viennt de se réveiller et croient que rien n’a été fait.
Nous rejetons toute forme de domination basée sur la caste, mais nous savons aussi que les castes ne sont rien d’autres que des métiers et que leur caractère inégalitaire est à bannir au profit d’une harmonie culturelle et organisationnelle qui tienne compte de l’héritage culturel de chacun.
Merci

jellagi

28 mai 2013 à 13:56    


bonjour monsieur Sarr,
Avant deux mille huit je n’étais jamais allé au Fouta pour y rester le temps de comprendre comment fonctionne la société! j’ai eu donc la chance d’avoir une mission de longue durée et je me suis installé à aéré lao chez un gallounké! quelle surprise que des gens me demandent si j’en faisais partie! mon nom c’est bocoum ! alors il me plaisait pour corser un peu la sauce de répondre oui et voila le débat! certains n’y prenaient pas part, d’autres esquivaient les questions et finalement, on me demandait gentiment de laisser ces questions! en fait la structure sociale qui impose les castes perdurent parce que certains veulent garder leurs privilèges! je ne suis pas éduqué dans ma famille (Dakar) pour invectiver quelqu’un selon sa caste et quand une fois je suis allé en vacances dans mon village ; c’est une anecdote qui m’est arrivée, j’étais jeune (huit ans) avec une ceinture bleu au karaté et en plus ne comprenant pas parfaitement le poular! alors un jour on va tous ensembles (ma classe d’âge) chercher du bois mort, chacun s’y est mis et moi aussi de sorte que tous avions nos fagots. seulement à l’entrée du village les enfants galounké m’ont demandé de donner mon fagot qu’ils se sont partagés me laissant seul sans bois à porter ! en fait je suis diawando mais j’ai mes cousins torodo chez qui j’étais en vacances! bonjours la cata car j’ai rossé les trois jeunes qui se sont partagés le fagot de sorte qu’ils ont fui et m’ont laissé mon bois ! alors fièrement, j’ai porté ce bois et en entrant dans la concession ma tante paternelle s’est mise debout, m’a regardé puis a dit : » pourquoi tu t’es battu ? j’ai répondu qu’ils avaient partagé mon fagot! alors elle m’a expliqué que c’était à eux de le faire et pas moi ! en fait le tam tam que j’entendais sans comprendre expliquait déjà à ma tante que j’avais fauté vis à vis des gallouké puisque j’étais le seul du village qui n’y avait pas grandi! voila j’ai dû céder mes habits et puis on est devenu des amis! plus tard, ces jeunes m’ont expliqué que s’il n’avait pas pris le bois, c’est eux que leurs propres parents allaient taper! c’était en 1972! voila aujourd’hui le village a changé, chacun va en Europe chercher richesse et les galounké sont devenus aussi riches et s’émancipent de plus en plus pour apporter des contributions à l’effort communautaire! c’est comme cela je crois que cela finira par s’estomper! les partis politiques n’ont pas de couches sociales et tous y militons à égalité! ceux qui ne s’en rendent pas compte devront vite déchanter puis que souvent les deniers arrivés au pouvoir sont souvent plus royalistes que les rois! l’ordre n’étant plus de sang encore une fois nous verront des changements radicaux si Dieu nous prêtent longue vie!

Ibrahima SARR

28 mai 2013 à 17:29    


C’est une très belle leçon que tu donnes ici à ceux qui croient que tout est négatif et refuse de voir le formidable progrès des mentalités qui a conduit à une révolution intellectuelle donnant naissance à cet engouement pour le savoir par l’intermédiaire de la langue pulaar.
Je continue de croire que sans cet évolution, on en serait pas là dans le pogrès de la langue.
Eh oui le Fouta n’a pas attendu 2013 pour se remettre en question comme veulent nous le faire croire ceux qui viennent de se ré&veiller…
A jaaraama sanne!

Abou Lamine

31 mai 2013 à 14:09    


Je pense que ce qui fait l’originalité de notre société Fulbes c’est cette stratification sociale désormais évoluée. Evoluée parce-que le gallununke n’est plus le maccudo corvéable à merci. Le même esprit d’evolution a affecté le rapport entrecastes qui se complètent et se meublent pluôt ! C’est là une richesse que nous devons garder jalousement au risque de fondre dans les autres ethnies et de disparaitre en tant que fulbe lawbe e wambaabe!
Jam et Kisal!

Ibrahima SARR

31 mai 2013 à 14:53    


Effectivement Abou Lamine. C’est ce qu’on s’efforce d’expliquer aux ignorants qui voient le mal partout et tout le temps. Maintenant, on peut passer à autre chose comme la promotion de la langue pour aspirer à un taux d’alphabétisation supérieur au français. C’est tout le sens de mon article.
Merci pour la contribution

Laissez une réponse

Nom *

Email *

Votre site