Associés en Recherche et Éducation pour le Développement (ARED), au service de l’alphabétisation

12 novembre, 2009 - Envoyé par admin - 2 Commentaires - Lu 7 660 fois.

Contexte

L’ARED travaille surtout dans le Nord du Sénégal profitant d’une initiative populaire très active de promotion de la connaissance du pulaar dans cette région. Etant parlé par plus de 25 millions de personnes au Sahel, le pulaar (également appelé fulfude) est la première langue parlée.

Le programme

L’ARED a pour vocation la création d’ouvrages en langues africaines.

Les ouvrages sont tout d’abord rédigés en pulaar, afin de juger s’ils correspondent aux besoins et aux niveaux des néo-alphabètes. Les ouvrages initialement publiés en pulaar sont ensuite adaptés à d’autres dialectes du fulfude, à d’autres langues d’Afrique de l’Ouest, ou bien traduits en français.

L’ARED a été créée en 1990 pour publier des ouvrages destinés aux néo-alphabètes et pour aider d’autres programmes à déployer leurs activités de formation. L’ARED ne met pas en œuvre ses propres programmes d’alphabétisation sur le terrain, mais elle répond aux demandes de formations et de livres qui lui sont adressées par des associations locales, d’autres ONG, des projets bilatéraux, etc. L’objectif consiste à aller au-delà des supports d’alphabétisation fondamentaux et fonctionnels pour offrir des matériels très complexes concernant les lois locales, l’impact des projets de développement, le développement d’une société civile, etc. – tout en fournissant également des supports de lecture tels que des romans, de la poésie, des livres d’histoire et de savoir local.

L’ARED est aussi l’un des rares éditeurs d’Afrique de l’Ouest à publier des livres qui encouragent la lecture pour le plaisir, de sorte que les nouveaux lecteurs peuvent s’identifier à l’histoire et aux personnages, plutôt que de simplement considérer la lecture comme moyen d’apprendre quelque chose de nouveau. Aujourd’hui, l’ARED répond aussi à des requêtes provenant d’organisations au Sénégal, au Mali, au Bénin, au Burkina Faso et au Niger.

Objectifs principaux

Les objectifs principaux sont les suivants:

  • tester et publier des matériaux adaptés aux besoins des apprenants en langues africaines pour un secteur croissant de l’éducation non-formelle
  • mobiliser les ressources communautaires, surtout les ressources humaines, pour que les communautés et participants prennent en main leurs propres systèmes d’éducation et les former à cette tâche en leur permettant de contrôler l’éducation
  • apporter un soutien aux programmes existants dans ce domaine
  • diffuser des livres tenant compte du contexte culturel dont la lecture procure du plaisir afin de renforcer les capacités d’écrire à travers la connexion entre la culture, la langue, la lecture et l’éducation.
  • mettre à disposition des livres et formations contenants des informations actuelles ainsi que des outils analytiques qui permettent aux individus ainsi qu’aux communautés non seulement d’analyser leur situation et de prendre des décisions informées mais également de trouver les bonnes réponses et de devenir, par conséquent, plus proactifs.

Les programmes visent à développer les compétences de base de lecture et d’écriture, les capacités de leadership et d’organisation, ainsi qu’à fournir des informations sur la citoyenneté et sur la société civile permettant aux intéressés d’opérer des choix éclairés pour atteindre leurs propres buts par le biais d’un accès plus large à l’éducation et à l’information. L’ARED offre également certains des outils essentiels à la maîtrise et au changement au niveau communautaire en créant constamment des programmes concernant les tâches qui incombent à tous les adultes – qu’ils soient chefs, preneurs de décision, élus, groupes préconisant le changement ou de simples citoyens qui essaient de pourvoir aux besoins de leurs familles.

Groupes cibles

L’ARED recherche des façons d’intégrer les groupes marginalisés dans un processus éducatif qui satisfasse leurs propres besoins en tant qu’adultes pris par leur travail. Ces groupes comprennent :

  • les adolescents qui n’ont pas encore eu l’opportunité de commencer ou de finir l’école primaire. L’ARED s’efforce d’offrir à ce groupe une « éducation de base » (équivalente, mais non limitée à l’éducation primaire);
  • les femmes qui n’ont pas encore pu entrer dans le système scolaire officiel et dont le travail et les emplois du temps chargés ne leur permettent pas de suivre une scolarité formelle sur une base systématique ;
  • Groupes marginalisés (p.e. les minorités ethniques/linguistiques qui sont souvent exclues lors des prises de décision ;
  • les organisateurs et les leaders de la communauté qui doivent être mieux préparés à assumer leur rôle.

Domaines thématiques

L’ARED a déjà testé et créé des formations ainsi que des ouvrages sur une large gamme de sujets. Les associations communautaires peuvent librement choisir les sujets qui répondent le mieux à leurs besoins. Tous les sujets de la liste ci-dessous comprennent au moins un livre rédigé dans la langue locale.

Les sujets existants comportent :

  • Alphabétisation & compétences mathématiques — Ce sujet nécessite que des alphabétiseurs locaux suivent trois formations, durant chacune 90 heures pour pouvoir ensuite dispenser un programme d’au moins 300 heures dans leur communauté.
  • Résolution de conflit par la négociation — Il s’agit d’une formation de 100 heures qui traite de la façon d’identifier et d’analyser les conflits (en particulier entre bergers et fermiers au Sahel) afin de parvenir à une situation où chacun y trouve son compte. Elle inclut aussi un exposé complet sur les processus de médiation.
  • Société civile — L’ARED a créé plusieurs modules de 35 à 70 heures pour renforcer le rôle de la société civile en particulier dans les régions rurales et/ou pauvres du Sénégal. Ces modules offrent une explication de la loi foncière, du code forestier, du nouveau code rural, du rôle des nouveaux élus, des droits et responsabilités des citoyens et du rôle des trois branches du gouvernement (l’exécutif, le législatif et le judiciaire).

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  • Analyse participative des conditions locales — Cette méthode visuelle, appelée à l’origine en anglais « rapid rural appraisal » (évaluation rurale rapide (RRA)) est aujourd’hui plus communément nommée « analyse rurale participative » (PRA) et permet de rassembler des groupes de la communauté afin d’analyser diverses questions importantes. L’ARED propose plusieurs formations de 35 à 70 heures pour aider les groupes à collaborer pour étudier les les questions environnementales ou l’interaction des familles et de la communauté et pour examiner les moyens de subsistance, etc.
  • Etablissement d’une organisation — Dans les zones rurales du Sahel aujourd’hui, des centaines d’associations locales sont créées pour aborder les questions communautaires. Pour soutenir ce processus, plusieurs formations de 35 à 70 heures ont été organisées pour aider les groupes communautaires à créer une association, à identifier les implications légales, à établir des budgets, à gérer et diriger un centre communautaire, etc.
  • Pastoralisme — Cette formation de 100 heures couvre les aspects les plus urgents de l’élevage au Sahel aujourd’hui, y compris une analyse du système pastoral existant, les concepts qui étayent les projets de développement et la législation de tous les pays du Sahel.
  • VIH/SIDA — Tandis que beaucoup de programmes concernant la séropositivité et le Sida se concentrent sur la maladie elle-même et/ou sur les soins aux personnes qui en sont atteintes, l’ARED offre une formation de 35 heures sur les façons de rassembler les membres de la communauté dans le but de discuter des pratiques sociales qui ignorent ou favorisent la propagation de la maladie et pour identifier les moyens dont dispose la communauté pour faire face à ses responsabilités sociales.
  • Culture, littérature et savoirs indigènes — Pour qu’une personne s’épanouisse pleinement, il est essentiel que la valeur de sa propre culture soit reconnue officiellement. L’ARED offre des formations de 20 heures permettant la publication de 25 livres, y compris des œuvres de littérature, des récits historiques, des vues d’ensemble des systèmes de savoirs locaux, etc.

Approche d’enseignement et d’apprentissage

Les activités de formation sont de durées variables (de 20 à 100 heures) et elles sont dispensées dans les communautés locales rurales et urbaines. Bien que chaque activité de formation s’accompagne d’un livre dans la langue de la formation, on ne part pas du principe que tous les participants savent lire et écrire.

L’organisation tente délibérément de rassembler une diversité de membres de la communauté, y compris des jeunes de 15 à 30 ans et des adultes de 30 à 70 ans, des hommes et des femmes, des membres de la communauté qui savent lire et écrire et d’autres qui ne savent pas. Étant donné que les classes sont axées sur l’apprenant, elles dépendent des connaissances et des échanges entre les participants et cette diversité est fondamentale, tant pour le partage que pour la mémorisation des informations. Les programmes en langues africaines de l’ARED offrent une éducation participative axée sur l’apprenant et destinée tant aux individus qu’aux communautés locales. Pour ceux qui ne peuvent pas assister au cours régulièrement des matériaux spécifiques incluant des éléments de la méthode PRA ont été développés. Cela permet aux participants d’apprendre à la maison et à leur propre rythme.

Tous les livres et toutes les formations sont conçus pour réunir divers membres d’une communauté afin de leur permettre de mieux analyser et gérer des situations auxquelles la plupart d’eux se voient confrontés. Le programme ne cherche pas à « enseigner » mais plutôt à créer un cadre favorisant la communication et l’échange de connaissances et, par conséquent, l’acquisition de nouvelles connaissances pertinentes pour chacun des participants.

Résultats obtenus

Depuis 1992, plus de 150 titres ont été édités, 800 000 livres vendus et plus de 450 formations dispensées à plus de 9 000 participants qui deviendront eux-mêmes des facilitateurs et/ou des activistes dans leur communauté.

Leçons apprises

« Nous avons de la chance de travailler dans un contexte où la communauté comprend la valeur de l’alphabétisation en pulaar. Toutefois, notre « don » aux autres est de démontrer comment la communauté peut jouer un rôle, qu’il importe d’avoir des supports culturellement pertinents (pas seulement des supports fonctionnels) et qu’un néo-alphabète peut acquérir un large savoir après seulement quelques centaines d’heures de formation ». Sonja FAGERBERG-DIALLO (ARED)

Il est important de noter que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture de la langue pulaar peut être introduit dans une communauté de manière à ce qu’elle participe au processus qui consiste à définir la forme, le rôle et la valeur de l’éducation. L’élément-clé de ce processus semble être la résonance culturelle qu’a connue l’éducation en pulaar. Dans ce contexte, la poursuite de l’éducation n’est plus associée à l’aliénation culturelle (ce qui est souvent le cas de l’éducation formelle en français). Au contraire, l’éducation vient contribuer aux initiatives de développement local tout en préservant la culture, intégrant ainsi de nouvelles idées dans les systèmes sociaux et intellectuels existants.

La clé du succès de l’ARED réside dans le lien qu’elle a forgé entre l’identité culturelle et l’alphabétisation. Étant donné que les participants aux formations deviennent des citoyens plus érudits capables de mieux travailler ensemble, ils sont en mesure de jouer un rôle clé dans leurs communautés. Ils peuvent s’inscrire et prendre part à une association de la communauté ou faire pression pour défendre des intérêts trop souvent ignorés. Ils peuvent également réussir à donner une voix aux personnes marginalisées dans les groupes de la communauté, par exemple les femmes. Ce qui est frappant, c’est que les participants ne considèrent pas les cours d‘alphabétisation ou les formations comme un ensemble de compétences mécaniques ou d’informations qui doivent être acquises, mais plutôt comme un processus de responsabilisation rendu possible par l’échange, entre les participants et l’interaction entre l’égo et la langue écrite.

L’ARED cherche constamment à établir des partenariats favorables. C’est ce réseau d’individus de même sensibilité qui lui permet de renforcer ses capacités, de toucher davantage d’apprenants et d’être plus productive.

Certains participants ont écrit à ARED soulignant la manière dont le programme a changé leur vie. Les citations suivantes en témoignent :

  • « D’apprendre à lire m’a réveillé. »
  • « Après avoir appris à participer en classe j’ose maintenant travailler en groupe. »
  • « Je suis maintenant capable de me présenter devant un groupe et de dire ce que je pense.»
  • « J’ai appris qu’hommes et femmes peuvent être égaux quand ils travaillent ensemble. »
  • « Apprendre à lire m’a rendu plus humble et indulgent. »
  • « Me connaissant mieux, je suis maintenant plus ouvert à l’égard des autres. »
  • « En sachant mieux ce que je veux je ne me fais plus arnaquer. »
  • « Par le passé seuls des experts francophones venaient nous dire quoi faire. Maintenant, ce seront nos enfants qui nous aiderons à analyser notre situation. »

Durabilité

Quatre sources financière sont à la disposition du programme :

  • Bénéfices dégagés de la vente des livres, qui couvrent plus de la moitié des frais d’impression ;
  • Participation locale aux coûts des formations ;
  • Donations à long terme (6 – 10 ans) des partenaires qui participent aux coûts majeurs ainsi qu’à diverses activités afin de promouvoir la vision du programme
  • Bénéfices dégagés des services fournis

Contact

Awa KA DIA
Présidente
NINEA 006 3 719
Villa 3074 Amitié 1
BP 10 737
Dakar – Liberté
Sénégal
Email: ared(at) enda.sn

Source: Unesco

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2 commentaires

Bacca Bah

18 juillet 2010 à 12:37    


Ared a fait beacoup de choses en matiere d’apprentissage de lagues africaines particulierement le pulaar, mais malheueusement depuis la disparition de notre regretee Sonia l’Ared est a l’arret presque totale de pupliction de nouvelles ouvrages.

Alassane KANE

2 septembre 2010 à 2:56    


Je tiens à félicite ARED et toute son équipe qui ne cesse de faire un travail sans égal non seulement pour la promotion de la langue Pulaar et des autres langues nationales mais aussi pour un développement endogène et durable de la communauté.
Oui;personne ne conteste que notre regrettée Sinia était le poumon de la structure mais elle avait toujours eu un grand respect à l’endroit de son équipe très dynamique, compétente et dévouée sur la quelle elle comptait beaucoup.
Je touve personnellement que l’ARED retrouve de plus en plus de nouvelles oriantation pour être au diapason des programmes de développement exprimés par la population.

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