BURKINA: Vers une appréhension du pulaaku ou pulaagu…

22 mai, 2011 - Envoyé par Ibrahima Sarr - 6 Commentaires - Lu 11973 fois.

« ]Femme peule

Femme Pullo - © Ferdinand Reus

Le 23 nov. 1992, une association dénommée Association Culturelle pour la Promotion du Pulaaku, en abrégé ACPP, a été  officiellement reconnue par le ministère de l’administration territoriale du Burkina Faso sous le récépissé n°92-296/MAT/SG/DGAT/DLPAJ.

 

L’ACPP, association apolitique à but non lucratif vise essentiellement trois objectifs, les deux premiers étant la promotion de la Culture Peule d’une part, et la promotion du Pulaaku (ou pulaagu) d’autre part.

Le Pulaaku est l’objet de la présente réflexion. Nous l’envisagerons sous différentes dimensions telles qu’elles sont appréhendées au niveau de l’ACPP. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux dimensions « Pulaaku et Peul, Pulaaku et idéologie, Pulaaku et modernité ». Mais bien avant qu’en est-il du Pulaaku ?

Le pulaaku

Le pulaaku, c’est, écrit le linguiste Roger Labatut, une sagesse en laquelle se reconnaissent les Peuls et qui est faite de « semmteende, munyal, hakkillo,ɓeernde ». Nous faisons entièrement nôtre cette conception du Pulaaku à laquelle nous ajouterons le « teddungal ».

Les mots « semmteende, munyal, hakkillo,ɓeernde » sont polysémiques en milieu Peul. Toutefois et au risque de les décharger de leurs valeurs sémantiques premières, nous oserons dire que  le semteende, c’est l’humilité pour aller à la rencontre des autres et la tolérance pour reconnaître et accepter que les autres ne sont pas comme nous aurions aimé.

Par exemple, aller dans les maternités et vous entendrez des femmes en travail pleurer, sinon gémir, toute chose dont se retiendrait la femme pétrie dans le Pulaaku. En effet vous n’entendrez jamais au Burkina Faso une femme peule gémir ou pleurer par ce qu’elle ressent des douleurs à l’accouchement. Mais le Pulaaku exige que l’on ne s’en vante point et que l’on accepte les autres, que l’on les comprenne lorsqu’elles expriment haut et fort leur souffrance. Du reste, le semteende nous empêcherait de nous en vanter. Quant au munyal, c’est l’acceptation de la différence et le refus de l’intolérance, de l’agressivité. Les autres termes ne souffrent pas d’équivoque.

Pulaaku et peul

L’outil de promotion du Pulaaku reste, jusque là, le Peul en tant qu’ethnie (nation) et la langue peule en tant que véhicule de la culture des Peuls. Mais si le Pulaaku est une sagesse en laquelle se reconnaissent les Peuls, il n’est pas établi qu’il est de l’ethnie (nation) Peule quoique intimement lié.

N’est-ce pas d’ailleurs ce qui motive le signifiant Pulaaku, mot de même famille que pullo et pulaar et dont les racines nominales sont « pul » qui se traduit par « très neuf, immaculé ». Pul est même un superlatif comme dans « jalo heso pul ».

Pour la petite histoire, il semblerait que tous les peuples avaient des limites dans leurs comportements qui étaient plus négatifs que positifs. Cela ne plut point au Créateur et comme pour combler la lacune, le Pulaaku vit jour et en fit la différence. Ne dit-on pas que :

«ɗo kaaɗaaku haaɗi ɗo, pulaaku fuɗɗi».

Le kaaɗaaku était ce qui existait avant le pulaaku ; c’est ce qui est amer[1] (haaɗude, ko haaɗi) car faisant de l’homme un être sans pitié, mais également un être limité (haaɗude, ɗo haaɗi) car ne permettant et ne favorisant pas la perfection.

Autrement, le Pulaaku c’est le kaaɗaaku sans son côté « amer et limitant ». En somme, il est une sagesse dont la face matérielle se saisit à travers un type de comportement, un comportement tout neuf, immaculé, un idéal de vie, comme le laisse dire le mot lui-même opposé à bien d’autres :

أ‌           Pulaaku « comportement très neuf, immaculé ». Pulaaku waɗini o ɗum » ;

ب‌       Cukaaku « comportement enfantin ». O waɗii cukaaku ;

ت‌       Meeraaku « comportement d’imbécile ». Meeraaku waɗini o ɗum » ;

ث‌       Kaaɗaaku « comportement non neuf, limité ». Kaaɗaaku waɗini o ɗum ».

Si la langue peule était jadis le miroir de la culture peule et les Peuls les dépositaires du Pulaaku, de nos jours, les choses changent et il n’est pas rare d’entendre dire à un enfant non peul « Oo suka na jogii pulaaku » et à un peul « Wallay oo pullo walaa pulaaku ».

Loin d’être un acquis biologique, le Pulaaku est comme un produit renouvelable mais ayant des bases fondamentalement immuables, s’appuyant sur le meilleur comportement en tout temps et en tout lieu.

Du reste, le Pulaaku n’est la propriété privée des Peuls même s’il semble être leur porte drapeau. Se nourrissant du métissage né des traits culturels harmonisant et permettant à chacun de vivre le métissage à son rythme, il assume une fonction de cohésion et de cimentation entre tous ceux qui se reconnaissent en lui.

Trans-étatique et conscience effective de tous ceux qui se réclament en lui, le Pulaaku ne saurait s’enfermer à l’intérieur d’un territoire. Il est le fondement d’une nation qui, loin d’être un territoire et des règles, est plutôt des règles et une conscience.

Aussi, ne nous occupons point de savoir si cet homme ou cette femme épris de Pulaaku est un peul guinéen ou un guinéen peul ou un guinéen tout court. L’essentiel est qu’il se reconnaisse en Pulaaku et qu’il en soit conscient.

Pulaaku et idéologie

De nos jours, la mondialisation est plus qu’une réalité. Si elle ne semble pas être une menace sur le plan économique, il n’en est pas de même sur le plan culturel. Or, elle fait son chemin et il est à craindre qu’un jour elle se referme sur toutes les cultures qui fusionneront en une seule. Pour empêcher cela, le Pulaaku est l’une des armes les plus solides.

Il faut alors activer le Pulaaku en le faisant rayonner davantage. N’est-ce pas que ceux qui l’ont épousé sont, dans tous les pays africains, ceux qui s’intègrent le mieux et refusent l’assimilation le plus ! Avouons-le, les Peuls ayant le Pulaaku, n’ont pas de véritables difficultés d’intégration et auront toujours maille à partir avec ceux qui tenteront de les assimiler.

Si l’idéologie est un ensemble de représentations, de savoirs, de croyances, d’imaginaires, d’idéalité, le Pulaaku a donc une dimension idéologique et de nos jours, les formations politiques dont les maîtres mots sont « Démocratie, Alliance, Fédération, Intégration, Renaissance » ont tout intérêt à s’y ressourcer, du moins à s’en inspirer car le Pulaaku, pour peu qu’il soit promu, permettra à ceux qui l’observent d’établir une présence réelle dans le monde.

Pulaaku et modernité

Le Pulaaku traverse le temps et ses valeurs fondamentales seront de tout temps d’actualité. Aussi, faudra-t-il se méfier des considérations occidentales et occidentalistes qui savent tout tourner en dérision.

N’est-ce pas que les éléments choisis comme base identitaire japonaise (irrationalité, émotivité, vie de groupe, rapport privilégié avec la nature…) sont souvent ceux que les ethnologues européens d’autrefois attribuaient aux primitifs ou aux sociétés rurales. Mais inversement…dans l’optique des chercheurs japonais d’aujourd’hui, les mêmes caractéristiques sont censées être à l’origine de l’extraordinaire réussite industrielle de leur pays[2].

Du reste, les pays du Sud et notamment africains n’ont de choix que de s’unir pour constituer de vastes ensembles fiables.  Pour cela, il faudra l’implication de nombreux opérateurs : opérateurs culturels, opérateurs politiques, opérateurs économiques, opérateurs religieux, opérateurs universitaires, opérateurs artistiques, etc.

Promouvoir le Pulaaku, c’est s’engager sur cette voie incontournable d’intégration généralisée en partant déjà du principe que le pluralisme culturel, ethnique ou religieux est, non pas un frein au développement, mais une richesse face à la mondialisation.

Au Burkina faso, nous nous inscrivons dans cette logique et depuis la reconnaissance officielle de l’ACPP, nous n’avons jamais manqué de travailler à la promotion du Pulaaku, laquelle promotion, faut-il le rappeler, passe par des activités concrètes sur le terrain mais également par des réflexions sur la relation du Pulaaku avec le politique, l’économique, la culturalité, l’éducation et la formation, car le Pulaaku doit être le nouvel ordre socio culturel africain ou ce sera l’impasse.

(Source: http://issadiallo.e-monsite.com)

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6 commentaires

Issa Bâ Bâ

22 mai 2011 à 12:15    


Je suis très heureux de voir une association Pulaaku dans cette nouvelle technologie (Internet); que Dieu bénisse Pulaaku et tous celui qui aime les peulhs.

Ibrahima sassi jallo

22 mai 2011 à 21:43    


Mi salminii on miweltiima e e66aaande mon he6tinaande nde.

Mi weltiima no feewi e kala sahaa nde nji’mi hono e66aande pulaagu e ndeer teknolojiiji winndere nde.

bala muusaa njaay

22 mai 2011 à 23:45    


Pulaaku woni neɗɗaagal baawɗo ɓamtude neɗɗo e nder ngurdam mum.

LY

24 mai 2011 à 13:18    


C’est vraiment bien que les peuls oeuvrent pour la pérenité de leur culture.Tant qu’on ne s’est doù l’on vient, on ne saura où l’on va. Bon vent.

issa

6 juillet 2011 à 22:54    


Ibrahim Sar,merci pour tout.

hady dieng

30 décembre 2011 à 13:03    


minbeltiima no feewi.e bamtare pulaar.

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