MAURITANIE: Pour un système éducatif intégrant les langues nationales

19 novembre, 2011 - Envoyé par Ibrahima Sarr - Aucun Commentaire - Lu 6 540 fois.

INTRODUCTION :

De 1959 à ce jour, la Mauritanie a entrepris des réformes et réaménagements de son système éducatif : 1959, 1967, 1973, 1979, 1984, 1999. La fréquence et la multiplicité de ces réformes suscitent les observations suivantes :

– elles sont fondamentalement des réformes politiques et/ou idéologiques ; elles ont été élaborées sous la pression des situations de crise : toujours pour les régler ou les apaiser, mais jamais pour faire face aux exigences de droits culturels encore moins pédagogiques et/ou psychologiques ;
– elles n’ont jamais été objectivement évaluées ; elles ignorent  les aspects utilitaires, sociaux, culturels, pédagogiques et psychologiques des langues et les droits culturels des diverses composantes du pays ;
– Hormis celle de 1979 qui a consacré la création de l’Institut des Langues Nationales, ces réformes n’ont pas toutes reflété le caractère multiculturel du pays, elles n’ont pas répondu aux exigences d’indépendance, de développement et de démocratie, encore moins aux aspirations des populations dans leur ensemble.

Face à cette situation et surtout aux exigences nationales de développement, et partant de la Loi fondamentale, des conventions et textes juridiques internationaux ratifiés par la Mauritanie, un nouveau système éducatif consensuel et durable est à bâtir : un système qui devra s’appuyer sur l’émergence d’une nouvelle politique fondée sur le respect des communautés nationales, de leurs langues et de leurs cultures.

La vision des associations culturelles nationales est que l’école mauritanienne produise un homme fondamentalement intégré dans son milieu, conscient et acteur du développement, de la transformation de son environnement et des mentalités. A cet effet, l’école mauritanienne doit être effectivement liée à cet environnement pour rompre avec l’élitisme et la sélectivité. Elle sera ouverte sur le monde moderne, aux sciences et aux techniques afin de sortir le pays du sous-développement. Ainsi elle participera à libérer les initiatives créatrices en donnant à chaque Mauritanien sa chance. Une telle école ne peut donc voir le jour que dans un contexte où l’enseignement se fait dans les différentes langues maternelles ; arabe, pulaar, sooninke et wolof.

CONTEXTE :

Des Etats Généraux de l’Education sont envisagés suite au constat unanime de l’échec de l’école mauritanienne. Ils interviennent dans un contexte caractérisé par :
– La Constitution, notamment en son article premier, qui assure à tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, de sexe ou de condition sociale l’égalité devant la loi ; et en son article six qui reconnaît quatre langues nationales ;
– L’engagement de la Mauritanie sur la voie de la démocratisation et de l’édification d’un Etat de droit ;
– La mise en place d’un Commissariat aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et à la Société civile, d’une Commission Nationale des Droits de l’Homme et d’un Plan National pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme en République Islamique de Mauritanie ;
– La ratification de divers textes juridiques internationaux relatifs aux droits culturels, aux droits des Enfants, de la femme et d’autres personnes vulnérables.

Le démarrage des activités de l’Académie Africaine des Langues (ACALAN, institution spécialisée de l’Union Africaine dont les statuts ont été adoptés en 2006) qui a identifié à travers le continent 41 langues transfrontalières véhiculaires sur lesquelles elle va mettre l’accent dans les 10-15 ans à venir (dont les quatre langues nationales mauritaniennes ; le lancement des 12 premières Commissions de langues transfrontalières véhiculaires – dont le pulaar – est déjà effectif).

OBJECTIF :

Fidèles à leur mission de promotion de toutes les langues nationales du pays, les associations culturelles nationales, pulaar, sooninke et wolof ont décidé d’apporter leur contribution aux Etats Généraux de l’Education par la publication du présent plaidoyer, pour l’édification d’un système éducatif novateur et performant.

PLAN :

Le présent plaidoyer s’articule autour des points suivants :
– Vision et stratégie pour un nouveau système éducatif
– Résultats de l’expérience de l’Institut des Langues Nationales
– Recommandations

1.    VISION ET STRATEGIES POUR UN  NOUVEAU SYSTEME EDUCATIF :

I.  VISION

La vision que les associations culturelles ont de l’école mauritanienne est qu’elle produise un mauritanien de type nouveau :

– Enraciné dans les valeurs socioculturelles spécifiques ou communes aux différentes communautés mauritaniennes ou celles qu’elles ont en partage.
– Ouvert sur les valeurs contemporaines positives, gages de progrès et de développement
– Respectueux de la diversité linguistique et culturelle, des différences et des droits humains à même d’assurer une démocratie fondée sur la synthèse de nos diversités complémentaires et inspirée des valeurs de paix, de tolérance et de consensus.

II.  STRATEGIE

II.1. TYPE D’ECOLE

L’école mauritanienne doit être :

1. une école  citoyenne, démocratique, de promotion des valeurs de  justice et axée sur les éléments ci-après :

– Langue maternelle des enfants
– Enseignement croisé des Langues Nationales (LN) et diversité culturelle (après enquête sociolinguistique pour déterminer les langues véhiculaires en présence dans les différentes zones)
– Français langue d’ouverture
– Valorisation du plurilinguisme
2. une école  prenant en charge les besoins éducatifs dans le formel et le non formel :
– Du préscolaire à l’âge adulte (éducation préscolaire, enseignement fondamental, secondaire et supérieur, alphabétisation-formation, formation technico-professionnelle) ;
– Systématisation du partenariat avec l’enseignement privé général et technico-professionnel (avec cahiers des charges).

3. une école  fonctionnelle :
– Adaptation des curricula aux réalités locales (au lieu d’une uniformisation des programmes) intégrant à la fois les réalités nationales
– Compétences de vie pour une bonne préparation des acteurs de la société
– Introduction précoce et méthodique de l’entreprenariat (à accentuer progressivement aux différents paliers: activités génératrices de revenus (AGR) généralisées à l’école ; micro-entreprises à la sortie du cursus pour le grand nombre avec appui de l’Etat et du secteur privé pour un emploi assuré)
– Primauté des matières scientifiques et techniques pour le développement
– Prise en charge effective de l’éducation culturelle, artistique, de la paix et des droits humains
– Réduction des disparités et des déperditions scolaires (réintroduction de l’internat, notamment dans les zones défavorisées et surtout pour les filles).

II.2. DUREE DES CURSUS ET CROISEMENT DES LANGUES

1.    Durée du cursus par ordre d’enseignement

Ordres d’enseignement    Durée du cursus
Préscolaire     De 3 à 5 ans
Fondamental     5 ans
Secondaire     Collège     3 ans
Lycée     3 ans
Supérieur     4 ans au moins

2. Croisement  des langues dans de système éducatif

TABLEAU SYNOPTIQUE
DE L’INTRODUCTION CROISEE DES LANGUES NATIONALES DANS LE PRESCOLAIRE ET L’ENSEIGNEMENT  GENERAL FORMEL

(LN = Langue Nationale ; AF = Année Fondamentale ; AS = Année Secondaire)
– Préscolaire (jardins d’enfants et garderies, dans 3 sections : les petits : 2-3-4 ans ; les moyens : 4-5ans ; les grands : 5-6 ans.).

Bien conduite, l’éducation préscolaire que nous proposons de systématiser, est un excellent tremplin pour la scolarisation qui implique une très bonne formation des éducatrices et une meilleure prise en charge par l’Etat et le secteur privé de ce niveau d’éducation. L’Etat et le secteur privé appuieront de manière conséquente les initiatives communautaires et privées en la matière.

Nous avons sciemment exclu les moins de 2 ans, normalement pris en charge par des structures spécialisées telles que les pouponnières et les crèches.

– Fondamental:  5 ans

– Secondaire :  6 ans :
–       Collège : 3 ans
–       Lycée :   3 ans

Nous pensons qu’un système éducatif utilisant judicieusement les langues nationales peut permettre d’écourter la durée du cursus tout en étant plus efficient que ceux que nous avons connus jusqu’aujourd’hui. L’expérience de l’Institut des langues Nationales (voir ci-dessous) à cet effet est édifiante. Il convient de l’analyser pour en tirer tous les enseignements utiles.

Par commodité nous avons numéroté les langues par compétence de maîtrise et d’utilisation :
L1 : Langue 1, correspond à la langue familiale conventionnellement appelée langue maternelle
L2 : Langue 2, seconde langue pratiquée par l’enfant : en général une autre langue nationale
L3 : Langue 3, ici le français
L4 : Langue 4, ici l’anglais

ª Le principe privilégié ici est celui du bilinguisme (voire du plurilinguisme) précoce :
•    dès le Préscolaire, l’enfant, en même temps qu’il utilise sa langue familiale dans les diverses activités d’éveil, est mis en contact avec au moins une autre Langue Nationale.
•    l’arabe (en tant que L1 pour ses locuteurs natifs) et le français étant prévus à l’école, sont pratiqués comme objets et comme mediums (même si, dans un premier temps le français sera seulement objet jusqu’en 1e Année Secondaire (1AS).

ªNécessité d’introduire l’interculturalité comme discipline d’enseignement scolaire.

ªLa langue anglaise est introduite à partir de la 1e AS et reste objet d’enseignement tout le long du cursus scolaire.

ªL’examen du BEPC se fera en deux langues nationales (langue maternelle et langue seconde) et en français ou anglais.

ªL’examen du Baccalauréat se fera pour l’essentiel en langue nationale pour les disciplines scientifiques et en français pour les disciplines littéraires.

Il sera ouvert des structures de récupération (passerelles) pour les élèves en difficulté ou les néo-alphabètes. Ces structures permettront la remise à niveau : ceux des bénéficiaires qui justifieront des compétences requises seront reversés dans les établissements d’enseignement général et poursuivront normalement leurs études. Les autres auront maîtrisé des compétences qu’ils pourront réinvestir dans la vie active.

1.    RESULTATS DE L’EXPERIENCE DE L’INSTITUT DES LANGUES NATIONALES

Créé par Décret 79. 348/PG/MEFS du 10/12/1979, l’Institut des Langues Nationales « a pour mission d’organiser, de coordonner et de promouvoir l’ensemble des recherches appliquées dans le domaine de toutes les Langues Nationales. Dans ce cadre, il est chargé, dans une première phase, de préparer l’introduction dans l’enseignement des langues PULAAR, SONINKE et WOLOF, d’assurer la formation du personnel et l’élaboration du matériel pédagogique, d’étudier les incidences pratiques et financières de cette introduction et les problèmes posés par l’utilisation de ces langues dans les différentes fonctions linguistiques (langues de l’enseignement, langues de l’information et des moyens de communications, langues de l’économie et du travail, etc.) »

Créé par Décret 79. 348/PG/MEFS du 10/12/1979, l’Institut des Langues Nationales

1.1. La Formation : L’Institut des Langues Nationales a formé de 1980 à 1999 plus de 500 enseignants, conseillers pédagogiques et inspecteurs de l’enseignement à travers des séminaires organisés dans les ENI, les Directions régionales de l’Enseignement Fondamental des wilayas, et enfin dans le CENTRE DE FORMATION sis à Nouakchott. Ces enseignants sont tous affectés à l’Institut par le Ministère de l’Education Nationale (MEN) du fait qu’ils appartenaient au système éducatif.

1.2. L’Enseignement : Après une phase préparatoire de deux ans (enquêtes socio-linguistiques, formation des maîtres, élaboration de matériels didactiques, etc), l’expérimentation des langues nationales a démarré en octobre 1982 avec l’ouverture de douze (12) classes. L’effectif des classes avait atteint 52 classes implantées dans les wilayas du Trarza, Brakna, Gorgol, Guidimakha, Assaba, Nouakchott, Dakhlet Nouadhibou, Tiris Zémour. Ces classes sont encadrées par 109 cadres répartis en enseignants, conseillers pédagogiques, équipe de suivi, etc. L’enseignement des langues nationales s’est donc concrétisé par les phases suivantes :
–  De 1982 à 1988 : les langues nationales pulaar, sooninke et wolof sont enseignées comme langues premières et véhiculaires d’apprentissage de toutes les matières durant tout le cursus de 6 ans de l’école fondamentale ; l’arabe est enseigné dans ces classes comme langue seconde.
–  De 1984-1985 :  à titre expérimental, le pulaar, le sooninke et le wolof sont enseignées comme langues secondes aux élèves de la filière arabe (enfants Arabes) dans certaines écoles, dans 14 classes à Nouakchott, Rosso et Kaédi.
–  De 1988 à 1999 : avec l’arrivée des élèves des classes en langues nationales en année d’examen, en 1988, le Ministère de l’Education Nationale a décidé la limitation de l’expérimentation au Fondamental aux motifs de moyens financiers, pédagogiques et juridiques pour l’introduction de ces langues au secondaire. Suite à cette réorientation, les ajustements suivants au cursus ont été opérés :
–          Pour les deux premières années, l’enseignement se fait entièrement en langues nationales pulaar, sooninke et wolof ;
– En deuxième année, la langue seconde (arabe ou français, selon le choix des parents et suivant une instruction ministérielle) est introduite d’abord oralement au 3ème trimestre ;
– En 3ème année, la langue seconde (arabe ou français) est introduite à l’écrit ;
– A partir de la 4ème année, l’enseignement se fait par le procédé dit du transfert des connaissances qui consiste en un passage de la langue maternelle ou L1 (pulaar, sooninke et wolof) vers la langue seconde ou L2, langue d’enseignement dans le secondaire (le choix de la langue seconde, arabe ou français, est fait par les parents d’élèves dès la 2ème année) ; les mathématiques demeurent enseignées dans les langues maternelles.

Il faut remarquer que les langues premières (L1) deviennent à partir de la 4ème Année matières du programme et les langues secondes (arabe/français) deviennent alors langues d’enseignement pour la poursuite des études au secondaire.

Le contenu des programmes et le matériel didactique en usage dans les classes expérimentales sont les mêmes que ceux du système classique (programmes officiels de l’enseignement fondamental). Cependant les manuels de lecture sont laissés à la volonté de l’Institut des Langues Nationales et sont constitués essentiellement de contes et de légendes. Les horaires sont également les mêmes que ceux du système formel.

1.3. L’Evaluation :
Le Bureau Régional de l’UNESCO basé à Dakar (BREDA) et une Commission Technique du Ministère de l’Education Nationale ont conduit plusieurs évaluations des travaux de l’ILN.

1.3.1. L’EVALUATION DU  (BREDA) :
La première évaluation menée par le BREDA du 23 novembre au 3 décembre 1981 a porté sur les travaux préparatoires de l’expérimentation. La seconde, intervenue en mars-avril 1984 s’est concentrée sur les résultats de l’expérimentation, après les 2 premières années. Parmi les conclusions de ces évaluations, on peut noter :
–  « A l’oral comme à l’écrit, les résultats restent satisfaisants » ;
–  « Une réelle motivation des enfants vis-à-vis de leur langue et du travail scolaire » ;
–  « Les contenus enseignés ne semblent pas poser de difficultés majeures pour le niveau actuel des élèves » ;
– Les maîtres « font preuve d’un engagement réel pour la cause des langues nationales »
–  « Les parents d’élèves manifestent un enthousiasme réel à l’égard des classes expérimentales » ;
–  Moyenne du Taux de réussite scolaire : 82.10 % en milieu rural ; 93.15 % en milieu semi- urbain ;  81.52 % en milieu urbain.
– Des insuffisances : au niveau de l’encadrement pédagogique, la nécessité d’apporter des correctifs aux manuels scolaires et d’intensifier la campagne de sensibilisation en direction des collectivités, le besoin de recyclage.
– La Commission du BREDA suggère « la refonte urgente des textes organiques régissant l’Enseignement Fondamental »  et souligne que « les conditions politiques et psycho- sociologiques déjà réunies plaident pour la généralisation de l’enseignement des langues nationales… ».

1.3.2. L’EVALUATION DE LA COMMISSION TECHNIQUE DU MEN :
Cette commission, désignée par Note de service n° 00668/MEN/28/01/1988, a travaillé en 1988 et en 1989 sur l’expérimentation de l’enseignement en langues nationales.  Elle a abouti à la conclusion suivante :
« Si nous admettons le principe selon lequel la qualité d’un enseignement, pour ne pas dire l’efficacité d’un système éducatif se mesure par rapport au taux de réussite scolaire, force nous est de conclure d’une manière générale que l’expérience des langues Pulaar, Soninke et Wolof, dans l’ensemble des classes qui ont fait l’objet de notre évaluation, a connu un succès honorable avec un pourcentage moyen de 61 % pour les filières …. (Langues 1) et 71 % pour les classes de filière arabe du système traditionnel qui font Pulaar, Soninke, Wolof comme langue seconde. » Enfin la commission recommande au plan législatif « la prise de textes officiels relatifs à l’organisation de l’enseignement des langues nationales. »

1.4. La Recherche :
Sous son égide, l’ILN a impulsé et accéléré la recherche pour le développement des langues nationales. Les travaux entrepris ont été effectués dans le cadre de projets communs regroupant les pays ouest africains qui ont en partage ces langues (Mali, Sénégal, Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Burkina Faso…). Il s’agit de :

1.4.1. Dialectologie : les enquêtes dialectologiques menées de 1983 à 1984 avec le concours de linguistes maliens et sénégalais ont permis la publication d’un ouvrage sur les variétés de chacune des trois langues en Mauritanie.

1.4.2. Terminologie : plusieurs brochures de terminologies ont été élaborées de 1981 à 1999. Elles sont consacrées aux domaines ci-dessous :
– enseignement
– mathématiques
– sciences d’observation
– grammaire et linguistique
– histoire et géographie
– vocabulaire du milieu scolaire
– politique et justice
– administration
– santé et hygiène
– élevage, etc.
1.4.3. Lexicographie : L’ILN s’est attelé de 1984 à 1998 à l’élaboration de dictionnaires monolingues pour chacune des trois langues. En 1999, au moment de l’arrêt des travaux de l’ILN, les trois Commissions de langues étaient assez avancées dans l’élaboration de ces dictionnaires.
Ces travaux ont été utilisés pour les besoins des classes expérimentales, des services de Santé, de l’Elevage, de l’Agriculture, de la recherche universitaire (enseignants, chercheurs,  étudiants), des associations culturelles, etc.

Il y a lieu de signaler qu’il a été mis fin à la mission de l’Institut des langues Nationales en 1999[1] à la suite de la dernière Réforme du système éducatif mauritanien (Loi 99. 012 du 26 avril 1999). Les dernières classes expérimentales ont fermé leurs portes en 2005. Il faut admettre que cet institut a réalisé de remarquables travaux qui demeurent encore d’une utilité certaine pour toute initiative d’enseignement de ces langues.

1.     RECOMMANDATIONS

Au terme de la présentation de leur Vision et stratégies pour un nouveau système éducatif et de l’analyse des résultats de l’expérience de l’Institut des Langues Nationales, les associations culturelles nationales, pulaar, sooninke et wolof recommandent :

1. MISE EN ŒUVRE DE LA REFORME

La mise en œuvre de toute réforme du système éducatif se veut progressive et respectueuse des étapes de construction d’un curriculum. Pour ce faire, il importe d’adopter une planification rigoureuse dont les étapes sont les suivantes :
– La formation des enseignants
– La première rédaction des syllabus de cours
– Le choix des méthodes et modalités d’enseignement
– La préparation du matériel d’enseignement et d’apprentissage
– Le prétest (1er essai) dans un nombre limité d’écoles (5 à 10)
– L’expérimentation proprement dite ou essai sur le terrain (dans 40 à 50 écoles)
– La réalisation ou introduction dans la pratique scolaire qui est la phase de généralisation.
– Le contrôle de qualité ou du bilan général  qui permet de mettre en évidence les zones de succès et d’échec, d’indécision et des résistances. La qualité de réalisation du curriculum, les causes des variations sont visitées, les opportunités d’amélioration mises en évidence.

Chacune de ces étapes est accompagnée d’évaluation et de remédiation autorisant à passer de manière méthodique à l’étape suivante.

2. MESURES D’ACCOMPAGNEMENT

A. Mesures d’ordre général

1/ Une telle réforme, pour réussir, doit baigner dans un contexte général viable qui peut se traduire par la réhabilitation des langues nationales afin que celles-ci jouent véritablement leur rôle de véhicule de culture et de moyen de promotion sociale. Pour cela, il est nécessaire que la loi fondamentale officialise toutes les langues nationales en faisant d’elles des langues de travail.
Toutes les réformes jusqu’ici ont souffert d’insuffisances voire de vide juridique qui ont occasionné des aberrations (généralisations hâtives, interprétations abusives, manque de contrôle et de bilan, etc.) qu’il convient  de combler par un acte qui détermine les différentes phases de l’application, de l’évolution de la réforme du système éducatif, de son contrôle et de son suivi.

La décision de promouvoir un tel système rendra également toutes nos langues nationales officielles et véhicules de connaissances scientifiques et techniques. A cet égard, cette décision sera sous-tendue et soutenue par :
–  une loi reconnaissant toutes nos langues nationales comme langues officielles, d’enseignement et d’administration. Par définition, «une langue nationale est toute langue parlée par une communauté nationale, standardisée et utilisée dans l’éducation et l’administration».

–   des mesures concrètes permettant l’application  effective et intégrale de ladite loi.

2/ dans un souci d’équité et de justice, doit être considéré comme bilingue celui qui pratique deux langues nationales.

3/ obligation pour tout fonctionnaire aspirant aux hautes fonctions de l’administration de pratiquer au moins deux langues nationales et une langue étrangère.

4/ stimulation du multilinguisme : prendre au niveau de l’Etat des dispositions pratiques ouvrant aux citoyens de larges possibilités d’apprentissage de plusieurs langues.

5/ enseignement au secondaire et à l’université des langues nationales pulaar, sooninke et wolof comme matières.

6/ introduction d’une épreuve en langues nationales dans tous les examens et concours de l’enseignement général et professionnel.

7/ délivrance de diplômes en langues nationales à la fin de chaque cycle d’enseignement. Ces diplômes donneront les mêmes droits et les mêmes avantages dans toutes les langues nationales (arabe, pulaar, sooninke, wolof).

8/ ouverture de sections de langues nationales dans les écoles de formation (ENI, ENS, ENA, etc.) et  de sections de traducteurs en langues nationales à l’ENA et à l’Université. Des services de traduction en LN seront crées à tous les échelons de l’administration.

9/ utilisation exclusive des langues maternelles dans le préscolaire comme préalable indispensable à la formation du jeune être.

B. COMMISSION DE REFORME

Afin qu’elle joue pleinement son rôle, il est nécessaire d’en faire non pas une commission circonstancielle mais plutôt une institution permanente qui :
– Conçoit
– Anticipe
– Accompagne
– Evalue
– Remédie
Sa composition doit être minutieusement étudiée afin qu’elle soit la plus productive possible.

C.  Dispositions diverses

1/ Toutes les dispositions prises antérieurement pour soutenir l’arabisation doivent être réinvesties et renforcées en faveur de la généralisation du système éducatif intégrant les langues nationales.

2/ Tous les imprimés de l’administration seront traduits dans les différentes langues nationales et mis à la disposition des citoyens en tant que de besoin.

3/ Tous les panneaux d’utilité publique seront sous-titrés dans les différentes langues nationales.

Fait à Nouakchott, le 11 février 2011

LES ASSOCIATIONS CULTURELLES NATIONALES

– L’Association pour la Renaissance du Pulaar en République Islamique
de Mauritanie (ARPRIM), Récépissé N° 000542/MINT/SAD du 4 juin 1976
Président : Amadou Oumar DIA

– L’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue et de la
Culture Soninké (AMPLCS), Arrêté N° 009/MINT du 3 mars 1978
Président : Cheikh Sidia TANDIA

-L’Association pour la Promotion de la Langue Wolof en République
Islamique de Mauritanie (APROLAWORIM), Arrêté N° 1483/MINT/DAP
du 2 décembre 1980
Président : Moctar GUEYE

REFERENCES :

•    Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 10 décembre 1948.
•    Déclaration sur l’élimination de l’analphabétisme pendant la décennie des Nations Unies pour le Développement, 19 novembre 1964.
•    Décret 79.  348/PG/MEFS du 10/12/1979 portant création de l’Institut des Langues Nationales (ILN).
•    Décret N° 80. 067/PG/MEFS du 11 avril 1980 portant nomination du Président et des membres du Conseil d’Administration de l’ILN.
•    Décret 81. 072 /PG/MEN fixant les alphabets et la transcription des langues nationales Pulaar, Soninké et Wolof en caractères latins.
•    Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels entré en vigueur le 3 janvier 1976
•    Décret 84. 180 portant désignation d’une commission nationale de la réforme de l’Enseignement
•     Arrêté N° 346/MEN/DEF du 5 juin 1984 portant nomination des membres de la Commission de Supervision de l’Alphabétisation Fonctionnelle.
•    Circulaire N° 003/MEN/du 13 janvier 1987 relative à l’encadrement des classes expérimentales en langues nationales.
•    Décret 87. 010 du 21 janvier 1987 portant création d’un Conseil National de l’Alphabétisation.
•    Note de service n° 00668/MEN en date du 28/01/1988 désignant les membres de la Commission Technique du MEN chargée d’évaluer l’expérimentation de l’ILN.
•    Note de service N° 00209/MEN/SG/DEF/ILN du 9/4/1989 désignant les personnes chargées de l’encadrement et de l’inspection des enseignants dans les classes expérimentales en langues nationales
•    Résolution sur l’Année Internationale de l’Alphabétisation en 1989.
•    Loi 99. 012 du 26 avril 1999 portant Réforme de l’Enseignement.
•    Déclaration Mondiale sur l’Education pour Tous « Déclaration de Jomtien, mars 1990 »
•    Déclaration de Hambourg pour l’Education des Adultes, juillet 1997.
•    Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (entrée en vigueur le 29/11/1999)
•    Protocole à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique
•    Cadre d’action de Dakar : Education pour Tous / tenir nos engagements, avril 2000.
•    Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, 2 novembre 2001.
•    Constitution de la RIM du 25 juin 2006 (Article 6).
•    ONU, Convention CEDAW : Convention sur l’Elimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
•    ONU, Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

________________________________________
[1] NB  : La réforme de 1999 a décidé de la création, en lieu et place de l’Institut des langues Nationales, d’un Département au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Nouakchott. Ce Département dénommé Département des Langues Nationales et Linguistique « est chargé de la recherche sur les langues nationales et de leur développement ».

Coordination des Associations culturelles nationales :

Association pour la Renaissance du Pulaar en République Islamique de Mauritanie (ARPRIM)
Tél : +222 22 41 11 04
Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue et de la Culture Sooninké (AMPLCS)
Tél : +222 47 56 39
Association pour la Promotion de la Langue Wolof en République Islamique de Mauritanie (APROLAWORIM)
Tél : +222 46 44 79 49

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