BURKINA – Commune de Mogtedo : Les autorités entérinent la chasse aux Peulhs de Bomboré

13 janvier, 2012 - Envoyé par Ibrahima Sarr - 3 Commentaires - Lu 6419 fois.

village peul

Famille peule

Ce qui se passe à Bomboré est incroyable. Suite à une altercation entre un Peulh et un Mossi, le 1er décembre, la communauté peulh est aujourd’hui à la recherche d’un nouveau village. Les Mossi ont fait une descente dans les familles peulhs et ont tout brûlé. Ils exigent le départ des Peulhs de Bomboré V5. Les autorités sont intervenues pour calmer la situation mais, elles ont aussi demandé aux Peulhs de partir du village. Toutes leurs démarches pour y rester n’ont pas abouti.

« Nous étions en famille cette nuit du 1er décembre 2011 comme d’habitude. On ne s’attendait à rien. C’est vers 19h qu’un de nos fils est venu nous informer qu’un groupe de personnes est en train de brûler chez nos voisins. Nous sommes sortis et nous avons vu le feu. On ne comprenait rien. On ne savait pas quelle attitude adopter. Quelques minutes après, ils sont arrivés chez nous. Ils étaient très nombreux. Quand ils sont arrivés, ils nous ont dit clairement qu’ils sont venus brûler la cour. Ils nous ont dit de quitter le village. Les membres de la famille ont commencé à fuir. Personne n’a pu faire sortir quelque chose des maisons. Un des jeunes mossi a même retiré le seul sac qu’une de nos vieilles avait pu faire sortir et l’a jeté dans le feu. Quand je leur ai demandé de me permettre de faire sortir mon enfant malade qui se trouvait dans la maison, un autre jeune m’a attrapée et m’a rouée de coups et m’a portée un coup violent de caillou sur la joue.

Je suis tombée. Heureusement, un d’eux leur a demandé de me laisser faire sortir l’enfant avant de mettre le feu. » C’est toujours les larmes aux yeux et avec beaucoup de peines que Mariam Bandé raconte l’enfer qu’ils ont vécu dans la nuit du 1er au 2 décembre 2011. Ce jour là, dans le village de Bomboré V5, dans la commune rurale de Mogtedo, la communauté des éleveurs composée essentiellement des Peulhs a vécu sa pire nuit. La communauté des agriculteurs du village principalement des mossi a décidé de tout brûler chez les voisins peulhs. C’est une bagarre entre deux personnes des deux communautés qui serait à l’origine du déchainement des Mossis. Un jeune berger aurait laissé les bœufs entrer dans un champ de coton.

L’agriculteur qui n’a pas pu se contenir aurait giflé le berger qui a aussi réagi en blessant l’agriculteur. Ce dernier s’est rendu au dispensaire pour être pris en charge. Il aurait expliqué la scène aux membres de sa famille qui ont alerté toute la communauté mossi. Sans discernement, la communauté mossi a décidé de venger leur membre. Il semble que c’est après concertation que l’idée de brûler les concessions des Peulhs est née. Les Mossi se sont donc donné rendez-vous à 19h pour la descente incendiaire dans la communauté peulh. L’information a été bien gardée par les Mossis. Les Peulhs qui n’étaient au courant de rien ont été totalement surpris dans leurs familles en pleine nuit. Minoritaire dans la zone, ils n’avaient aucune chance de tenter une résistance. Il fallait chercher à sauver la peau. Les biens ont été abandonnés sur place.

Poulets, moutons, chèvres motos, documents administratifs et bien d’autres biens matériels ont été consumés par le feu. « Nous avons tout perdu. Tout a été brulé chez nous. Même le hangar a été brulé. Nous n’avons plus rien. Nous devons tout reprendre. », s’alarme un jeune dans la famille Bandé. Les quatre cases qui constituaient la cour ont été totalement dévastées. Les deux greniers qui contenaient toutes les récoltes de l’année ont été brûlés. « Nous avons assisté impuissants à l’incendie de nos greniers. Le mil a brûlé pendant trois jours. Je versais des larmes quand je voyais tous les jours la fumée sortir. Nous ne savons pas aujourd’hui comment nourrir la famille. Pourtant, cette année nous avions eu beaucoup de récoltes qui pouvaient nourrir la famille toute l’année ». M. Bandé n’arrive toujours pas à comprendre ce qui leur est arrivé cette nuit là. Malgré cet enfer qu’ils vivent depuis plusieurs semaines, Mariam maintient le petit sourire pour se surpasser.

Elle est mariée dans un autre village et elle a tenu à venir remonter le moral de ses parents ce 30 décembre. C’est surtout la famille de Issa Bandé qui est aujourd’hui la plus visée. Ils sont les premiers à être sommés de quitter le village. Le jeune qui a eu l’altercation avec l’agriculteur est issu de leur famille. La famille Bandé n’avait plus accès aux services de base dans le village. Issa a dû inscrire ses trois enfants dans un autre village. Les Mossi ne voulaient plus voir ses enfants à l’école de Bomboré V5. Ils ne pouvaient pas aller au dispensaire et même au marché. « Je suis allée au marché la dernière fois. Les gens m’ont demandé ce que je suis venue chercher là-bas. Je leur ai dit que je suis venue juste chercher des condiments. Ils m’ont prévenue qu’ils ne veulent plus me voir au marché. Depuis ce jour, je n’ai plus mis pied au marché. », explique une jeune femme. Certaines familles peulhs ont même été interdites d’accès au puits et forages du village.

« Quand ils nous ont dit de ne plus puiser l’eau du village, nous partions dans un village voisin pour nous ravitailler. Mais depuis quelques jours, ce village aussi nous interdit d’accès à leurs forages. », affirme un membre de la famille Bandé. Dès le lendemain des événements, les forces de sécurité se sont rendues sur place pour rétablir l’ordre. C’était trop tard pour les familles peulhs. Les agriculteurs ont eu toute la nuit pour faire leur boulot. Les autorités locales ont aussi effectué un déplacement dans la localité pour écouter les parties et apaiser la tension. Tout ne s’est pas bien passé selon les différents témoignages. Ce sont les Mossi qui constituaient principalement l’auditoire. Les quelques rares peulhs qui se sont hasardés pour prendre part à cette rencontre avec les autorités ont eu leur vie sauve grâce aux forces de l’ordre qui étaient sur les lieux. « Nous avons un de nos parents qui est dans un village voisin.

Dès le lendemain des événements, il a voulu nous rendre visite pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Il a eu la malchance de passer à côté du lieu de la rencontre. Quand les Mossi l’ont vu, ils l’ont arrêté et l’ont roué de coups. Ce sont les forces de sécurité qui l’ont récupéré. Issa aussi, le grand frère du jeune qui a eu l’altercation avec l’agriculteur, est allé aussi suivre la rencontre. Quand ils l’ont vu, ils ont voulu le frapper. Ce sont les forces de l’ordre qui l’ont sauvé », raconte un jeune peulh. Il déplore le fait que les autorités locales dont le maire qui sont venues à Bomboré n’aient pas cherché véritablement à savoir ce qui s’est passé avec les deux parties. « Quand ils sont venus, ils sont allés rencontrer les Mossi. Nous ne pouvions pas aller là-bas. Ils le savent. Nos parents ont été frappés sous les yeux des forces de sécurité qui ont vu les auteurs.

Les intéressés n’ont pas été inquiétés. Malgré tout, ils ne sont pas venus sur nos sites pour nous rencontrer et nous écouter », explique un vieil éleveur. Mais après le départ des forces de sécurité et des autorités, les éleveurs ont appris que les Mossi ont maintenu leur exigence de les voir quitter le village sous quelques jours. Ils ont alors entrepris des démarches d’abord auprès du conseiller municipal du village qui leur a aussi dit que pour leur propre sécurité, le bon choix, c’est de partir. Ils ont décidé d’aller voir le maire et le haut commissaire de la province. Ces derniers leur ont répété la même chose. Ils n’ont pas d’autre alternative que de partir. « Nous avons rencontré toutes les autorités d’abord pour comprendre effectivement si nous devons quitter. Ensuite nous leur avons demandé d’intervenir pour calmer les esprits et nous permettre de rester. Personne n’a pu faire quelque chose pour nous. Chacun nous a conseillé de quitter. » Les autorités ont été claires envers eux.

Ils doivent partir sous les 15 jours qui suivaient, c’est-à-dire avant le 29 décembre passé. Pourtant, selon de nombreux témoins, certains Peulhs à qui on demande aujourd’hui de quitter le village ont devancé des familles mossi dans le village. « Notre patriarche Ladji qui est aujourd’hui décédé et dont la cour a été brulée réside ici depuis les années 70. Il est l’un des premiers à s’installer ici. De nombreuses familles mossi qui sont venues de Kaya, de Pissila, de Tougouri… l’ont trouvé ici. Mais ce sont les mêmes qui nous demandent aujourd’hui de quitter. », explique le vieil éleveur qui s’est résigné à partir. Sa famille a plié bagages au moment où nous arrivions sur les lieux pour chercher une autre localité. D’autres familles l’ont devancé et sont déjà vers le fleuve Nakambé en attendant de chercher véritablement un site définitif. Sur place, la vie n’est pas facile. Il n’y a aucun service de base. Pas d’eau, pas d’école, pas de dispensaire et surtout pas de logement. En ce temps de froid, le pullover et la couverture ne suffisent pas pour protéger des bambins qui doivent passer la nuit à la belle étoile avec leurs parents.

Pawanezambo Belem

Mutations N0 5 de janvier 2012 Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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3 commentaires

youssoufa

15 mars 2012 à 17:05    


c’est dégueulasse et que fait l’état du Burkina?

sow

2 avril 2012 à 17:01    


pour que ces genres de choses n’arrivent plus aux peulhs,ils faut k nous peulhs cessont de vivre en petite communauté,dans des petit village,regroupons nous et vivons en grande communaute ainsi nous seront fort et les autres y réflechiront 7 fois avant de nous attaquer

poulo

4 mai 2012 à 17:14    


sow tu as tout à faait raiso!!on se fait exterminer partout donc oui à l’unité de tous les peuls!il nous faut un Etat pour qu’on se protège,protège nos mères et nos soeurs!!! DRAPEAU PEUL ,HYMNE PEUL ET UNE ARMEE PEULE POUR QU ON AIT UN ETAT

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