La Rue Publik, le flow face à la République

21 mars, 2009 - Envoyé par abdoul wane - Aucun Commentaire - Lu 4288 fois.

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L’un est “président”, l’autre “médiateur”. A eux deux, ils forment la Rue Publik, un groupe fer de lance du hip hop en Mauritanie. Leur but : faire un rap “made in” propre au pays. Rencontre.

Dans leurs mains, le micro est un bouclier, le verbe une épée. Prenez NKC (pour Nouakchott) comme port d’attache pour un duo qui compte bien donner naissance à un mouvement très large. Monza et Couly Man portent l’étendard du hip hop mauritanien. En première ligne d’une mouvance qui n’en est qu’à son adolescence d’après Monza, 29 ans, le leader de la Rue Publik. “Les acteurs de ce mouvement ne sont pas encore tout à fait mûrs, mais les choses sont en marche”, explique-t-il.
En Mauritanie, l’art du flow ne doit compter que sur lui-même pour grandir. “L’un des principaux problèmes que les rappeurs rencontrent ici, c’est l’absence de studio pour enregistrer” proteste Couly Man. “Je pense qu’il ne faut rien attendre du gouvernement. Il faut provoquer pour que les lignes bougent. L’artiste doit être sans cesse dans la proposition” explique cette plume wolof.
Kane Liman, alias Monza, “le président 2 la Rue Publik”, comme il aime à se définir, a commencé à jouer avec les syllabes vers quinze ans. Il participe au groupe Africain Prodige en 1995 où il scande ses premiers textes avant de fonder en 2000 la Rue Publik. monza3
C’est une des deux casquettes qu’il porte vissée sur sa tête. L’autre, c’est une expression en solo. D’abord une compilation Silly Walks, distribuée en France et en Allemagne en juin 2006. Puis des prestations scéniques, comme cette première partie de Youssou N’Dour la même année. 
Son acolyte, celui que l’on appelle “le médiateur de la Rue Publik”, est né au son de la basse de son père, qui jouait dans l’Orchestre national de Mauritanie. Sourire enjôleur et rastas mi longues, Mamadou Coulibaly a toujours écrit des textes. Mais “Couly Man” n’a pris le micro que sur le tard. En 1999, lorsque Monza lui a demandé de venir chanter avec lui sur scène. “Cela a été une communion” plaisante Monza. “La complémentarité était évidente” poursuit-t-il.
“Rendre hommage à la rue”
De cette première passe d’armes verbales, est né un tandem aux textes prolifiques et à l’engagement politique vindicatif. Le duo ne revendique aucun leader. L’un et l’autre marchent main dans la main. En toute liberté dans une “Rue Publik”, propriété de tous. “Nous voulons provoquer la République pour rendre hommage à la rue”, scande Monza. “Il faut sortir la société de l’ignorance”, renchérit Couly Man. Leurs thèmes fétiches : la condition sociale, les paradoxes culturels entre tradition et modernité. “Il faut remettre les pendules à l’heure. Il faut prendre le contre-pied de ceux qui copient le rap des Etats-Unis. Il y a un rejet de la culture d’origine alors qu’il faut essayer de faire du hip hop avec les sonorités de notre culture”, explique Monza.monza2
Quoi de mieux qu’un festival pour donner visibilité à ce mouvement. C’est le premier du genre en République Islamique de Mauritanie, “RIM” en abrégé. Organisé par Monza et financé dans son intégralité par la coopération française, le festival baptisé Assalamalekoum, littéralement “que la paix soit sur vous” (ou plutôt ici sur le hip hop), s’est tenu début mai dans la capitale. A côté de groupes locaux, les renforts hip hop basés de l’autre côté du fleuve, au Sénégal, sont venus prêter main forte à la programmation.
“C’est vraiment bien qu’il y ait ce festival en Mauritanie. On voit que des passerelles sont en train de se créer entre les artistes de la région. Un rap ouest-africain est en train de naître. C’est évident” analyse Ndongo D, membre du groupe sénégalais Daara J Family, un groupe connu internationalement. “J’avais cette idée depuis trois ans. Il faut sortir cette culture de l’ombre pour l’amener sur scène”, explique de son côté Monza, qui critique fermement le désintérêt manifeste des médias mauritaniens pour cette musique. “Il y a deux chaînes de télévision ici, il n’y en a pas une qui diffuse un peu de rap”, se désole-t-il.
Assalamalekoum risque de donner un sérieux coup de pouce à l’émergence d’une scène rap mauritanienne. Dans ce pays, la marmite de talents bouillonne et le besoin d’expression est grand à en croire la foule venue écouter les concerts du festival. Poings levés au rythme de beats incisifs, les jeunes n’ont pas caché leur engouement. La Rue Publik n’a pas manqué le rendez-vous en donnant un concert chargé de dynamite. Envoûtés par leur flow inspiré, nos deux magiciens du verbe bricolent les mots, jonglent avec les syllabes et recollent les lettres pour en faire un élixir de jouvence. Avec la Rue Publik, la rime en “RIM” a de beaux jours devant elle.

Source: RFI Music (Nouakchott  30/05/2008)

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