MAURITANIE: Bravo, député Samba Ciré Korka Sy!

12 juillet, 2012 - Envoyé par Ibrahima Sarr - 10 Commentaires - Lu 6910 fois.

Le député Moussa Sy

Le député Samba Sy

Une fois, au cours d’une cérémonie de baptême qui s’était passée à Boghé, de simples citoyens avaient interpellé le député UFP de Boghé, Sy Samba, sur les raisons du non-usage de la langue pulaar à l’assemblée nationale. L’honorable député répondait à ses interlocuteurs en leur faisant savoir qu’une initiative avait été prise par un groupe de parlementaires dont lui pour poser le débat. Cependant affirmait M. Sy, l’initiative n’a pas été suivi d’effets.

Toujours animé de cette noble intention de briser le bilinguisme (arabe-Hassaniya ou français) dominant au sein de l’hémicycle et dans lequel ne se reconnaissent pas une grande partie des Mauritaniens qui ne comprennent pas ces langues, le député fini par passer outre la règle non écrite qui interdisait aux députés qui ne sont pas arabes de s’exprimer dans leurs propres langues nationales, pourtant reconnues dans la constitution. D’où le coup de force linguistique décidé M. Sy la semaine dernière à l’assemblée nationale.
L’acte que vient de poser le député Sy Samba, a suscité un élan extraordinaire d’admiration au sein de l’opinion publique Mauritanienne en générale et chez les communautés négro-africaines de la vallée du fleuve en particulier. Des félicitations ont fusé de partout à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.Pour ceux qui ne connaissent pas l’homme, notre cousin de plaisanterie est un habitué des coups de force du genre. Dans un passé lointain, au temps du Parti du Peuple Mauritanien (PPM) précisément, il était jeune instituteur servant dans la localité de Dioké (département de Kaédi). L’ancien président de l’assemblée nationale, feu Abdoul Aziz Bâ effectuait une visite dans la région. Une fois arrivé à Dioké, devant une assemblée de notables, de jeunes et de femmes, Samba, garraye du village réclama la parole avec insistance.
Mais les notabilités du village ne voulaient pas lui donner la parole craignant que le discours du jeune militant du MND qu’il fut n’influence les esprits de la population totalement inféodée au PPM. C’est devant son insistance que feu AAB demande à l’assistance de la laisser s’exprimer. Fort de cette autorisation du tout puissant président de l’assemblée nationale, M. Sy s’adresse à l’assistance en prenant le contre pied des orateurs qui faisaient tous les éloges du régime de Me Moctar O Daddah. Le jeune opposant asséna des critiques contre le PPM et ses pratiques. A cette époque, critiquer le pouvoir était assimilé à un crime par les populations qui n’ont pas tardé, excepté quelques jeunes à élever des cris de désapprobation à l’endroit de la sortie déroutante du jeune opposant. Et c’est même, feu AAB qui finira par apprécier la seule voix discordante émanant de M. Sy exprimée au cours de la réunion. « Enfin, j’entends une voix discordante» commentait feu AAB après l’intervention de Sy Samba qui a plutôt dérouté ses supporters rapporte notre source. L’homme s’est opposé presque à tous les régimes qui se sont succédés à la tête du pays. Il fait la prison durant les années de braises. Il a subi les foudres du régime de Ould Taya. En Mars 2009, lors de la visite effectuée à Boghé par Mohamed O Abdel Aziz, il a boycotté l’ex-général putschiste. Et tout récemment, en avril 2012, il a refusé de sortir de son domicile pour serrer la main de Ould Abdel Aziz.

D’apparence modéré pourtant, il reste un homme politique de conviction et un opposant radical. Le temps est venu pour le régime actuel (étant donné que c’est lui qui gère les affaires du pays) de corriger cette discrimination linguistique faite aux autres communautés du pays et d’affronter la question culturelle qui divise notre pays pour coller enfin aux closes constitutionnelles qui reconnaissent désormais la diversité culturelle de notre pays. Si l’intervention de Sy Samba en Pular a crée une grande surprise, le forcing d’un militant de l’UFP n’étonne pas les observateurs les plus avertis et qui ont une profonde connaissance de l’histoire politique de la formation politique à laquelle appartient Bath comme le surnomme ses camarades. Le MND qui compose le noyau dur de l’UFP avait conclu un accord avec le pouvoir de Ould Haîdalla en vertu duquel, ce dernier s’engageait à abolir l’esclavage et à adopter une réforme du système éducatif basée sur les différentes langues nationales (Arabe, Pulaar, Soninké et Wolof). La réforme avait commencé à porter ses fruits.

Mais, c’est après la chute du régime de Mohamed Khouna O Haîdalla que cette réforme a été sabordée. La plupart des cadres politiques qui militent au sein de l’UFP ont été avant des militants acharnés d’associations œuvrant pour la promotion des langues nationales (Pular, Soninké et Wolof). FOYRE, est l’un des rares journaux en langue nationale édité dans notre pays. Son comité éditorial, excepté le directeur de publication, le très respectable Amadou Oumar Dia et quelques journalistes connus est composé essentiellement de cadres de l’UFP. D’ailleurs, c’est l’un des rares partis à disposer d’un site électronique qui met en ligne des informations dans les quatre langues nationales (arabe, pulaar, soninké et wolof) en plus du français. Une source digne de foi raconte qu’un jour, lorsque le journal FOYRE a été cité lors d’une séance de présentation des éditeurs de presse au cours d’une audience avec Mohamed O Abdel Aziz, ce dernier a exprimé son étonnement par deux fois de suite en demandant à son interlocuteur la répétition du nom FOYRE qui paraissait bizarre à ses yeux !

Cette initiative du député UFP de Boghé n’est pas la première t dans notre pays. L’année dernière, le président de l’AJD/MR, M. Ibrahima Moctar avait crée la surprise en s’exprimant en Pulaar devant la coalition des partis de la majorité présidentielle. Des chantres du nationalisme aveugle avaient alors crié au scandale. Au début des années 2000, M â Bocar Soulé (ancien ministre), à l’époque élu fédéral du PRDS au Brakna, s’était exprimé en Pulaar à la maison des jeunes d’Aleg. Suffisant pour provoquer l’ire de certains chauvins. En 2008, lors du rapatriement du 1er contingent des déportés Mauritaniens au Sénégal à Rosso, M. Yall Zakaria Alassane, alors ministre de l’Intérieur avait prononcé une allocution en Pulaar qui avait encore provoqué des vacarmes chez certaines personnes connues pour leur hostilité à tout ce qui peut renforcer l’unité et la cohésion sociale des Mauritaniens. Nous pensons que M. Sy a posé un grand acte qui restera gravé dans les livres de l’histoire. Pour que l’assemblée nationale colle véritablement à son nom, il va falloir que toutes les langues nationales soient parlées dans l’hémicycle. Le chemin est tracé désormais par le député Sy Samba.

L’Etat doit suivre et aller de l’avant dans tout ce qui peut contribuer à corriger les inégalités sociales et les injustices sociales. Nous sommes dans un monde marqué par le réveil des revendications identitaires et le pluralisme non seulement politique et médiatique mais fondamentalement linguistique. Si dans la vallée du fleuve, les populations négro-africaines ne suivent que les télévisions étrangères (2STV, TFM, RTS) ou n’écoutent que des radios comme celle de Pété, Cas Cas ou RTS et pas les médias nationaux, c’est parce qu’elles ne se reconnaissent guère dans les chaines nationales. Merci encore à notre cher député Sy Samba pour son geste hautement patriotique, lui et toutes les forces d’oppositions et les patriotes qui le soutiennent.

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Jules Diop

(Source: http://www.quotidien-nouakchott.com)

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10 commentaires

Mama sarr

12 juillet 2012 à 12:52    


seydi sy!voila un homme pieux.nous prions ensemble dans une meme mosquee.toujours present une fois a boghe. s est lui qui m a remis une attestation qu une association m avait decernne a l occasion d une ceremonie marquante la fin des cours de vacances que je dirigeait moi meme.pour dire que s est son gout (la reussite,le serieux,la liberte et le yiide hore mum) bravo wadeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee

visiteur

13 juillet 2012 à 9:08    


Il y a une petite erreur : ce n’est pas moussa sy, mais Samba Korka Ciré SY

Ibrahima Sarr

13 juillet 2012 à 10:00    


Merci Jallo, erreur malencontreuse, corrigée! Nos eƴcuses.

Paul SABI BOUM

14 juillet 2012 à 0:41    


C’est comme aux Etats Unis au moment ou MArtin luther king disait qu’il reve un jour le noir et le blanc vivront cote à cote,ensemble et partegeront le meme esprit.pour les esprits faibles c’etait intolerable mais aujourd’hui,un Africain est president dans la première puissance mondiale.

bio sanni issiako

14 juillet 2012 à 8:27    


felcitation monsieur le depute samba cire de votre courage dans le but de porter le flambo fulfulde haut que le tout puissant vous assiste

aliou bassoum

16 juillet 2012 à 15:18    


Article très bien écrit. Il serait bien de créer une e-pétition de soutien à l’honorable député SY pour lui donner et à d’autres députés le courage de répéter ce même geste qui va devenir par la suite banal. Mais c’est aux mauritaniens de l’initier et les autres les soutiendront.
Le chemin de la liberté est long, très long même. Il faudra des générations et des générations pour voir le bout du tunnel. Obama a récolté les fruits des graines semées par Martin Luther King. Bravo et bon courage.

Abou Alpha BA

20 juillet 2012 à 12:25    


« Le MND qui compose le noyau dur de l’UFP avait conclu un accord avec le pouvoir de Ould Haîdalla en vertu duquel, ce dernier s’engageait à abolir l’esclavage et à adopter une réforme du système éducatif basée sur les différentes langues nationales (Arabe, Pulaar, Soninké et Wolof). La réforme avait commencé à porter ses fruits.
Mais, c’est après la chute du régime de Mohamed Khouna O Haîdalla que cette réforme a été sabordée. » Un rappel à ceux qui ont la mémoire sélective pour nos fameux états généraux sur l’éducation!

Bacca Bah

13 septembre 2012 à 23:50    


Bravo, M. le député Samba Sy. C’est un bel exemple du courage pour tous les parlementaires y compris ceux du Sénégal

aliou mangane

24 octobre 2012 à 22:57    


bravo tiinode e lenol mon , mo wuuri bura .

koreera

8 décembre 2012 à 17:56    


gooto fof ɗo heedi ballal mum ina soklaa

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